Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
La sentence de la Cour Constitutionnelle est sans ambiguïté : la loi portant lutte contre la corruption et infractions connexes et celle applicable aux personnels militaires, des forces de sécurité publiques et assimilés sont déclarées conformes à la Constitution. Les sept sages n’auront donc pas fait durer le suspense sur le destin de la corruption et de la grève. Dans une sorte d’hygiène mentale, on s’adonnerait volontiers à l’exercice du balayage des préjugés pour examiner la nouvelle donne.
Il ne manquait aux deux lois sorties des entrailles ambitieuses de la majorité parlementaire Yayiste que la bénédiction de la Cour. Le vide est comblé. Devant la certitude, on voit s’ouvrir une nouvelle ère. C’est une inauguration d’époque sur fond d’approbation de deux des dernières résolutions phares de l’Assemblée nationale. Deux votes pour deux cibles sensibles : la corruption et la grève des forces de sécurité publique et assimilés. Le contexte rend l’acte courageux. Notre histoire lui fait porter le chapeau révolutionnaire. On est plein pieds dans l’inédit. Tout ceci est amplifié par le revirement jurisprudentiel de la Cour Constitutionnelle. Concrètement, la République est en mouvement. La rhétorique de la refondation dira qu’on a vaincu la fatalité. En soumettant à l’examen de la raison l’esprit de ces lois, on parierait qu’il n’y a ni gagnant ni perdant. La nation peut se réclamer seul vainqueur dans cette situation où la polémique syndicale tarde à se dégonfler.
En donnant feu vert à Yayi pour l’acte de promulgation qui fait naître ces lois, les Sages lui ont remis une des clés de sa politique de refondation. C’est un nouveau jour qui se lève pour Yayi II avec la canicule annoncée par la météo et la sécheresse des mauvaises habitudes. Nous sommes visiblement dans un décor de cause à effet.
On devrait, sauf considération vicieuse, constater que l’état de la corruption nécessite le recours à un vote salvateur ou tout moins porteur d’espoir. Le diagnostic de la corruption endémique et gangreneuse recommande une thérapie de choc. Puisque la marche verte s’est révélée plus spectaculaire qu’efficace, il fallait maintenant quitter le symbole et tomber dans le pragmatisme. La loi vient régler et combler l’urgence. Evidemment, cette loi ne sera utile que si elle n’est pas victime de la faillite dans son application. L’avancée évidente est acquise dans les pesanteurs psychologiques. La peur du gendarme, dit-on, est le début de la sagesse.
On ne peut plus nier l’affreuse réalité de nos grèves, sans verser dans une cruelle myopie. La grève est emballée dans l’anarchie. On s’en sert pour un Oui ou pour un Non, avec l’épée du chantage ou le diktat de l’instinct. Elle est pratiquée comme "un mouvement organisé par les salariés pour réclamer le paiement des jours où ils n’ont pas travaillé". L’ironie de Philippe Bouvard perce la vague anarchiste des grévistes. Le réformateur de la Marina a désormais l’appui de la décision de la Cour Constitutionnelle. Il lui suffit d’en faire un levier légal pour sévir. L’épée de radiation plane désormais sur les adeptes de l’obstination, habitués du débrayage. Sans doute que cette loi anti grève va tempérer voire anéantir les ardeurs dans le camp trop sensible des personnels militaires, des forces de sécurité publique et assimilés. La menace permanente produira son effet sur la masse de revendications utopiques. Qu’on "remplace par exemple leur réchaud par un radiateur électrique" rigole Laurent Ruquier face à la brouette gréviste.
On ne doit non plus se nourrir d’illusions, l’aval des Sages au vote anti grève et les motifs qui l’ont soutenu risquent sur certains paliers de malaxer l’inachevé. Malgré le rituel de mains liées et de la réduction au silence des douaniers, le souci partagé dans un pays à économie fiscale ne sera pas guéri si les autres membres de la chaîne à savoir les trésoriers, les percepteurs s’épanouissent dans les grèves. Après le coup de force légitime opéré à l’hémicycle, il faut penser à motiver ceux qui doivent l’être pour éviter le blocage et la saignée financière. L’idée d’une mini conférence économique devrait introduire le consensus dans d’éventuelles nouvelles lois anti grèves étendues aux autres agents de la précieuse chaine des impôts.
La question des statuts des personnels militaires, des forces de sécurité publique et assimilés endosse plus que jamais l’attribut de priorité. Sans le règlement à visage humain de ces statuts, la loi anti grève perdra son charme. Les promesses renouvelées du réformateur tardent à donner leurs fruits. Le piège de réformes à double vitesse guette nos princes. Si on a pu accélérer pour installer le dispositif anti grève, on devrait maintenir la même vitesse dans la refondation des statuts.
Avec les nouvelles lois anti corruption et anti grève des hommes en kaki et armés, la saison de la refondation bat son plein. Nous sommes dans l’air du temps avec la fermeté du Président. Au point de non retour, il reste juste à savoir rassurer la Nation.
Sulpice O. GBAGUIDI
Source: http://www.fraternite-info.com