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Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.

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Contribution/Pr Ouraga Obou :“HOLA À LA FOLIE MEURTRIÈRE”

pr_ouraga.jpgPr Ouraga Obou C’était l’horreur, le  jeudi  3 mars 2011. Des femmes auraient été lâchement assassinées  dans la commune d’Abobo. Cette image insoutenable a ému la communauté nationale et  internationale. Et comme si le sort s’acharnait contre nous, une autre femme parmi d’autres victimes, a succombé. Elle a été  sauvagement brûlée vive  dans la même commune  le 6 mars, soit trois jours après. Tuer délibérément celles qui nous donnent la vie  est  abominable et ignominieux. Mais on aurait pu éviter ces drames odieux, si nous nous étions empressés de condamner au quotidien  et systématiquement toutes les tueries, notamment celles  des personnes brûlées vives au Centre émetteur d’Abobo. Mais aussi surprenant soit-il, la montée de la culture de la violence est telle que chacun de nous  est devenu indifférent à ces images effroyables. Curieusement, on  est insensible à ces violentes horreurs. En fait, reléguée   au rang d’un banal fait divers, la mort n’émeut  personne. Autrefois rarissime et affligeante, désormais elle fait partie de notre vécu quotidien. Elle rôde autour de nous. Dorénavant, la vie n’a plus de sens.
Espérons que la mort scandaleuse et insupportable de ces femmes  nous rappellera  à quel point nous avons inconsciemment et insensiblement franchi le Rubicon. La bêtise humaine est à son comble. La bestialité est en nous. Mais au-delà de ces morts violentes, les effets collatéraux  résultant des fermetures des banques et des entreprises ainsi que l’embargo sur les médicaments et des produits d’exportation (café et cacao) feront davantage de victimes  innocentes dans la population ivoirienne. Indistinctement ou sans distinction d’appartenance politique, la mort devient inévitable pour tous. La pauvreté aura aussi ses morts. Le prix à payer est excessif. La sanction punitive disproportionnée est inacceptable. Car comment comprendre cette autre mort lancinante, irrésistible, donc inévitable ? Comment le monde civilisé, traditionnellement plus attentif à la question des droits de l’homme,  arrive-t-il à concilier ces sanctions  avec le respect du droit à la vie et auquel il  est coutumièrement et profondément attaché?

Heureusement, pour mettre fin à la  violation des droits de l’homme et à l’impunité en Côte d’Ivoire, la Cour pénale internationale s’est autosaisie. On peut se féliciter de cette auto-saisine. Pourvu que ses investigations, loin d’être sélectives, discriminantes, s’étendent à tous les cas de violation des droits de l’homme en Côte d’Ivoire. Car toutes les morts se valent en droit. Discriminer en la matière, reviendrait à hiérarchiser les morts. Etablir une inégalité entre les morts serait une manière de nier aux autres victimes  la qualité d’homme. Ces violations massives des droits de l’homme sont en fait dues à l’effet de cette  guerre absurde, que nul ne comprend.

En règle générale, la guerre est la phase ultime de la violence. Et, le conflit ne se convertit ou ne dégénère en guerre que lorsque dans sa forme d’agressivité non contenue, il sélectionne les excès, intègre ou fait sien le summum de la violence.  Phénomène barbare, immoral et insensé,  la guerre se traduit inexorablement par l’affrontement de deux forces, qui s’éprouvent jusqu’à épuisement, humiliation ou anéantissement de l’autre.  Cela est si évident que tuer  un ennemi en temps de guerre devient un «devoir moral». Ce seuil d’intolérance s’affranchit ostensiblement  dans la guerre civile.

Dans ce combat fratricide, nourri par la haine réciproque et toutes les passions (politiques, ethniques et religieuses), l’on voit dans son ennemi, un traître, avec qui tout compromis et toute cohabitation sont désormais impossibles. Dans cette barbarie où l’éthique n’a  plus de sens, les expéditions punitives sont devenues légion. On  se nourrit de la haine pour piller à souhait les biens de son ennemi. On croit soulager sa conscience en allant détruire systématiquement et impunément ce qui appartient  à son ennemi. Dans cette dérive collective déraisonnée, certains  s’attaquent aux édifices et responsables religieux pour donner à cette guerre une coloration religieuse et ethnique.

Hideuse, affreuse par essence, la guerre civile où la fin justifie les moyens, s’apparente à l’affrontement le plus meurtrier, le plus féroce, de sorte que nul n’ose la risquer. Au mépris de la morale, elle nous ramène à  la barbarie primaire. Car l’extrême déshumanisation de la violence qui en résulte accroît inéluctablement le nombre des  victimes, notamment les pertes en vies humaines.  Certaines   de ses victimes sont parfois  avilies (viol des femmes, notamment des filles et épouses de ses ennemis en vue de les humilier, etc.).

Et pourtant, malgré sa cruauté et sa férocité,  la guerre, quelle qu’elle soit, obéit nécessairement à des règles impératives, connues sous l’appellation de «Droit de la guerre». Ce principe d’humanisation est  destiné à protéger les civils, les faibles (femmes, enfants, malades, personnes handicapées, âgées, réfugiés et déplacés de guerre, etc.), les blessés, les vaincus, les prisonniers de guerre, etc. «Ne pas faire plus de mal qu’il n’est permis». «Ne pas détruire ni imposer de souffrances au-delà de ce que requiert le but recherché». En fait, il faut éviter aux victimes, des traitements humiliants, inhumains et dégradants. C’est dire que les belligérants n’ont pas un droit absolu de nuisance (interdiction d’empoisonner les aliments  et cours d’eau, interdiction de mettre le feu à des habitations, interdiction de s’attaquer aux écoles et hôpitaux, interdiction de brûler  les victimes de guerre, etc.).

A la limite, il s’agit  de circonscrire l’ampleur de ces violences, afin d’éviter des cruautés inutiles en période de conflit armé.  A fortiori, «même la guerre a des limites». Or,  dans cette guerre civile où l’on tue presque aveuglement, sans discernement, les combattants sont peu enclins au respect de ces principes relevant du Droit humanitaire.   Et pourtant, selon  notre Constitution, la vie humaine est sacrée. De ce fait, elle abolit la peine de mort ainsi que toutes les formes  d’exécutions sommaire et extrajudiciaire. Elle interdit les violences physiques et  toutes les formes d’avilissement de l’être humain. Ce qui constitue une forme de régulation de la violence.

«Limitée, la guerre a aussi une fin».  En effet, la réalité est que le peuple ivoirien  est pris au piège de cette guerre  cruelle. Dans ce cas, que devient pour lui le droit à la vie, lorsque l’horizon est  totalement fermé ? En témoigne, le nombre en augmentation croissante des réfugiés et déplacés de guerre. Quelle tristesse  pour ces populations déshonorées et humiliées dans les zones de combat ! Quel déshonneur pour ces femmes et hommes apeurés et traumatisés ! Certains sont contraints de fuir.  D’autres, malgré eux, abandonnent leurs  domiciles. Contre leur gré,  ils troquent leur liberté contre la cession forcée de leurs biens chèrement acquis. L’exode urbain se poursuit. Désormais, coincé entre la vie et la mort, qu’est-ce que ce peuple  peut attendre encore de ses hommes politiques et de la communauté internationale ? Pris dans un étau,  il n’a plus d’autre alternative, si  «avancer, c’est mourir, reculer c’est mourir». Alors, que faire ?

Au-delà de nos clivages politiques et religieux, nombreux étaient ceux qui,  angoissés et profondément meurtris par cette guerre que nul ne peut justifier, attendaient  de la médiation de l’Union africaine, la paix  salvatrice des braves. Celle pour laquelle, il n’y a ni vainqueur ni vaincu.

Logiquement, légitimement, mais  naïvement, nos yeux  étaient tous rivés sur Addis-Abeba  d’où devait  jaillir la paix. Mais rien n’y fit. Le miracle  n’a pas eu lieu. La paix des braves qui semblait à notre portée est encore fuyante et introuvable. La décision inextricable de l’Union africaine sonne le glas de notre espérance. De façon subtile, elle  ruse avec le droit puis elle nous renvoie dans un cul-de-sac. Ainsi, avec notre complicité, synonyme d’inertie et d’incompréhension réciproque,  le piège se referme progressivement sur nous. La paix s’éloigne de nous. L’attente devient insupportable.

En fait, on se moque de nous. On nous pousse à la faute. Mais sans sourciller,  sans lucidité, on s’accuse mutuellement. On s’active à rivaliser dans le mal. On s’entretue inutilement. Obstinément, on multiplie sciemment les obstacles et on rejette tout ce qui peut nous unir. On exalte ce qui nous désunit. Pris dans l’engrenage du syndrome hystérique, et dans l’attente d’une intercession divine,  on se réfugie dans les hallucinations collectives,  pour  masquer la réalité. Tandis que la Côte d’Ivoire, celle pour laquelle on croit se battre,  va à vau-l’eau. Que faire ?

Seule l’humilité démocratique peut encore nous sortir de cette impasse. Quant à l’orgueil  narcissique, il nous perdra. Seul l’amour du prochain peut encore nous éviter le pire. Dans cette chaîne d’irresponsabilité collective, nous est-ce  encore possible de mettre un «holà à la folie meurtrière» ? Oui ! Mais à condition de le vouloir. Car vouloir, c’est pouvoir. Toutefois, si le mauvais vouloir nous condamne à la guerre, dépendre entièrement   et indéfiniment du bon vouloir des autres nous déresponsabilise. Donc vouloir, consisterait à nous imposer sans condition  l’arrêt immédiat des combats. C’est le cessez-le- feu. Pouvoir, reviendrait à rechercher sans arrière-pensée  une solution de compromis.

A nos leaders politiques ! Le peuple de Côte d’Ivoire, convaincu de votre sens élevé du devoir républicain, vous supplie. Si vous croyez encore  l’aimer, alors épargnez-lui les nombreuses souffrances et pertes en vies humaines .Vouloir la paix, c’est  accepter de se rencontrer, de s’écouter et discuter.  Ramener la paix, c’est mettre un «holà à la folie meurtrière». En accédant à cette demande,  votre mérite sera grand et incommensurable. Quant au peuple, il vous sera éternellement reconnaissant.

Abidjan, le 21  mars 2011

Par Pr Ouraga Obou (*)
Source: http://www.fratmat.info

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