Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Charles Blé Goudé, président de l’Alliance des jeunes patriotes.Le 19 mars, vous avez appelé les jeunes patriotes à se faire enrôler dans l’armée pour la défense de la souveraineté de la Côte d’Ivoire. Le 21, pour répondre à votre appel, ils se sont massivement rendus à l’état-major des armées. Quel sens donnez-vous à cette forte mobilisation?
Je voudrais féliciter les jeunes patriotes qui n’ont jamais fait défaut quand la patrie est en péril. De 2002 à maintenant, ils ont toujours répondu massivement à l’appel pour la défense de la Côte d’Ivoire. Pour moi, le sens de la mobilisation exceptionnelle est la volonté affichée des jeunes patriotes, en tant que civils, de défendre la patrie, démontrer qu’ils sont encore debout, mobilisés pour cette cause. Aujourd’hui, ils veulent entrer dans l’armée pour toujours continuer de servir le pays dans la légalité.
Pour vous, les jeunes patriotes n’ont jamais fait défaut. Alors que Choi, le chef de l’Onuci, indiquait dans une interview que vous ne mobilisez plus et que les jeunes patriotes étaient essoufflés…
Ces gens-là donnent tout son sens à l’anecdote de l’animal de la ville que le Président Laurent Gbagbo a utilisée en 1990-91, parlant de Alassane Ouattara qui avait commencé à l’attaquer. Il s’agit d’un animal de la ville, le mouton en l’occurrence, qui est allé en brousse où il a vu la panthère en train de dormir et qui s’est amusé avec sa queue. Un animal de la forêt, la biche, est surpris de voir pareil tableau. On lui explique que c’est un mouton qui vient de la ville et qui ne sait pas que dans la forêt, on ne joue pas avec la panthère. M. Choi a toujours fait une mauvaise lecture de la situation en Côte d’Ivoire. Et il trompe tout le monde, embarque tout le monde sur son bateau de mensonges. Malheureusement, c’est la Côte d’Ivoire qui en souffre. Sinon, le lien qu’il y avait entre les jeunes patriotes et nous hier est le même aujourd’hui. Je peux même dire qu’il s’est intensifié. La République, le peuple. C’est un lien très fort que personne n’arrive à expliquer. Cette génération est affranchie de tout complexe.
Quelles sont les conditions à remplir pour être retenu?
L’état-major va définir les critères, les conditions à remplir pour être retenu. Mais nous plaidons pour qu’ils soient souples. Notre souhait est que la détermination et la volonté soient les premiers critères à prendre en compte.
Ce n’est pas moi qui décide. Mais j’ai mis à la disposition de l’armée ivoirienne, tout ce vivier, tous ces volontaires. Je rappelle qu’elle est gratuite.
Président, avez-vous discuté du nombre de jeunes à retenir avec l’état-major?
Pour l’heure, ce que nous faisons, c’est enregistrer les jeunes, les identifier. Le jour du lancement de l’opération (le 21 mars. Ndlr) certains jeunes pensaient que l’état-major leur distribuerait des armes. Ils criaient même qu’ils voulaient des kalachs. Non. La différence entre nos adversaires et nous c’est que nous ne distribuons pas de kalachs à des civils. Car, donner des armes à des civils, c’est semer la catastrophe dans le pays, semer la graine de la guerre civile. Or nous ne voulons pas de guerre civile en Côte d’Ivoire. Un civil n’a pas droit à une arme dans notre pays.
On a l’impression que l’opération ne s’adresse qu’aux jeunes patriotes.
Non. L’opération s’adresse à tous les jeunes qui veulent défendre leur patrie. Il faut éviter de tomber dans le piège de l’adversaire et de l’impérialiste qui a donné une coloration péjorative aux vocables jeunes patriotes. Lors de la libération de la commune de Paris, le terme patriote a été employé. A ce moment, il était positif. Mais quand nous l’employons pour libérer la Côte d’Ivoire, il devient péjoratif. On a l’impression que les jeunes patriotes sont d’un côté et que les autres jeunes de l’autre. Il n’en est rien. Le jeune, de quelque bord politique qu’il soit, de quelque religion qu’il soit, de quelque région qu’il soit, qui aime sa patrie, est un patriote. Celui qui est lié à une patrie est un patriote. Chacun exprime son patriotisme selon ce qu’il sait faire. Ainsi, les économistes sont en train de donner le meilleur d’eux-mêmes pour que chaque fin de mois, les Ivoiriens aient leurs salaires. Les douaniers se battent de leur côté pour faire entrer les recettes douanières. Les travailleurs des impôts sont à l’œuvre. C’est pareil pour les commerçantes de produits vivriers, la vendeuse d’attiéké qui, chaque jour, se saignent pour que l’Ivoirien mange. Tout ceux-là, ce sont des patriotes.
Que dites-vous à ceux qui ne pourront pas intégrer l’armée?
Bien sûr que l’on ne pourra pas prendre cent mille, cinquante mille jeunes. Mais il faut que ceux qui seront retenus le soient sur la base de critères objectifs. Pour ceux qui ne le seront pas, nous allons continuer de faire les meetings ensemble. Car, si tout le monde va dans l’armée, qui va les faire avec le «général» Blé Goudé? J’ai encore besoin d’hommes pour cet exercice qui vont soutenir ceux qui seront au front.
Est-ce que des jeunes reconnus comme membres du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) peuvent se faire enrôler et être retenus?
Tout dépend d’eux. Je l’ai déjà dit ailleurs, je vais le redire ici. Vous ne trouverez point une République de Côte d’Ivoire où il n’y a que des pro-Gbagbo dans l’administration. Vous n’en trouverez point non plus où il n’y a que des pro-Ouattara dans l’administration. Or c’est ce que Ouattara est en train de faire en chassant les pro-Gbagbo des régions qui lui sont favorables. Même pour les frères du nord, le fait de soutenir le Président Gbagbo est considéré comme un crime. On les chasse de leurs villages. Je ne comprends pas cette politique. C’est pourquoi j’en appelle à la prise de conscience des militants de tous les bords : faisons attention à ce que nous faisons en ce moment. Il faut éviter la guerre civile à la Côte d’Ivoire. Car le Président que vous voulez installer dirigera-t-il un pays où personne ne parle à personne ? Nous avons encore une chance de sauver la Côte d’Ivoire. J’appelle pour cela à la cessation de toutes les violences, de toutes les attaques des villes. Je lance un appel à tous ceux qui sont autour du Président Laurent Gbagbo et de Alassane Ouattara, de peser de tout leur poids pour que les Ivoiriens s’asseyent autour d’une même table, se parlent et que l’on fasse comprendre aux uns et aux autres que plus personne ne peut diriger seul la Côte d’Ivoire. Ce temps-là est passé. En Europe, aux Etats-Unis, partout, c’est sur la base des compétences que l’on recrute et non en se fondant sur des cartes de militant. Je voudrais lancer cet appel à mes amis qui sont autour de Ouattara, Soro (Guillaume) et à ce dernier lui-même. En 2007, j’ai appelé Soro à faire le pas qui sauve. Il l’a fait, il a été nommé Premier ministre de la République, entrant ainsi dans une posture d’homme d’Etat. Aujourd’hui encore, il peut donner l’ordre à ses mercenaires, à ses rebelles, d’arrêter de tuer et une réunion peut être organisée pour que nous parlions entre Ivoiriens, sans intermédiaire. Parce que je suis convaincu que tous ces médiateurs, facilitateurs, hauts représentants, cherchent à se faire un nom sur le dos de la Côte d’Ivoire et dans le sang des Ivoiriens.
Votre appel au dialogue paraît contradictoire avec l’opération d’enrôlement que vous organisez.
Il y a une armée aux Etats-Unis. Pour autant, les Américains ne sont pas en guerre les uns contre les autres. L’armée est faite pour défendre l’intégrité d’un pays. Je rappelle que parmi ceux qui seront recrutés, il y aura des Diallo, des Soro, des Blé, des Koffi, des Ouattara, bref, des jeunes de toutes les régions de Côte d’Ivoire, de toutes les religions. Ils vont, ensemble, contribuer à former une armée forte pour la défense de la Côte d’Ivoire. Voilà l’objectif final. Ce n’est pas une armée parallèle que nous formons pour la mettre à la solde d’un tel ou de tel autre. Non. Je rappelle que ce sont les gendarmes de Côte d’Ivoire qui ont arrêté et mis Gbagbo en prison en 1992. Ce sont les policiers de Côte d’Ivoire qui ont arrêté et mis Blé Goudé en prison quand il était étudiant. Ils n’ont pas d’amis en dehors de la République. C’est pour elle que nous avons appelé ces jeunes à entrer dans l’armée. Je suis engagé pour que l’on redonne la paix à la Côte d’Ivoire et je demande à mes amis (du Golf hôtel. Ndlr) de faire en sorte que l’on sauve notre pays. Si nous ne faisons rien maintenant, alors que l’Onu a déjà semé la graine de la guerre civile en Côte d’Ivoire. Qui, si elle éclate, va mettre l’Etat dans l’incapacité de contrôler quoi que ce soit. Alors, ce sont eux (les pontes de l’Onu, ndlr) qui deviendront les maîtres de notre pays et vont exploiter ses richesses. Je pense que nous pouvons encore sauver la Côte d’Ivoire.
Vous êtes l’un des plus proches du Chef de l’Etat. Vous arrive-t-il d’évoquer la question avec lui?
Le Président et moi parlons toujours de paix. C’est pour cela qu’il a été le premier à tendre la main à ses adversaires. Ce qu’il nous a enseigné, c’est la paix. Et je puis vous dire que le Président Gbagbo est prêt à discuter avec quiconque.
Est-il prêt à rencontrer Alassane Ouattara?
Oui. Je peux vous le dire, le Président Gbagbo est prêt à rencontrer Alassane Ouattara aujourd’hui, à parler avec lui. Et je pense que c’est la voie indiquée. A deux, en tant que leaders, il y a des choses que l’on peut régler. Je préfère un leader qui est fort au milieu des vivants à un leader qui est fort au milieu de corps sans vie. Qui as-tu vaincu? On se bat pour la vie, pour donner espoir à ceux que l’on veut diriger, pour le bien-être de ceux que l’on veut diriger. Mais quand l’orgueil prend le pas sur l’essentiel, sur la vie des gens qu’on veut diriger, et qu’en notre nom, des gens se tuent, je pense que l’on doit avoir un peu de conscience et comprendre que directement ou indirectement, nous sommes responsable de ce qui se passe et alors y mettre fin.
Justement, à cause de ces tueries, les Ivoiriens fuient Abidjan en masse.
Les Ivoiriens expriment leur volonté de vivre en fuyant Abidjan. Et cela doit interpeller les leaders qui doivent les rassurer pas seulement par des appels. Mais plutôt par des actes concrets. En attendant, j’appelle les Abidjanais à garder leur calme et à rester en place. Je souhaite que les leaders entendent mon appel. Je les appelle à un dialogue inter ivoirien, sans témoin. Il y a encore une chance de sauver la Côte d’Ivoire. Il n’y aura pas de guerre civile en Côte d’Ivoire parce que nous les pro-Gbagbo n’en voulons pas. Que notre pays s’embrase, Choi s’en fout, Ban Ki-moon également. Il n’y a aucun lien entre la Côte d’Ivoire et eux. Arrêtons la violence. Ce ne sont plus les hommes de Ouattara qui font la guerre en Côte d’Ivoire. Ce sont ceux de Choi, c’est-à-dire l’Onu, qui font la guerre.
Que dites-vous aux jeunes de l’intérieur qui veulent venir se faire enrôler à Abidjan?
Qu’ils restent dans leurs localités. Nous viendrons vers eux. C’est une question de planning.
Interview réalisée par PASCAL SORO
Source: http://www.fratmat.info