Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Timide, bosseur et dévoué. Voilà résumé les principaux caractères de l’homme qui, un certain 1975 est nommé Premier ministre du Cameroun. Rien ne laisse rien transparaitre chez lui un certain appétit pour le pouvoir. Il est d’ailleurs tellement soumis qu’il encaisse humiliations, défiances et coups bas de la part des Samuel Eboua et autres puissants barons du régime de son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo qui avouera plus tard qu’il ne savait pas son ancien Premier ministre « aussi fourbe et hypocrite ». Et puis, un certain 4 novembre 1982, l’histoire s’accélère. « Le patron », puisqu’il appelle ainsi Ahmadou Ahidjo, décide de lui confier le pouvoir. Assorti de quelques pactes de fidélité que Paul Biya, nouveau président, s’emploiera à respecter. Tout au moins, au début. Il n’hésite pas à consulter son « illustre prédécesseur » pour remanier le gouvernement. Quitte à subir l’humiliation d’une attente à Ngaoundéré dans le nord du pays alors que son « illustre prédécesseur » est en villégiature dans son ranch à quelques kilomètres de là. Et puis viennent les assurances de l’animal politique qui commence à sentir peser le poids d’une tutelle trop encombrante. Celle d’Ahmadou Ahidjo dont il ne prononcera plus le nom depuis la crise ouverte qui se noue dès le début de l’année 1983. Déjà accroc du pouvoir, Paul Biya sent bien qu’il lui faut se dégager de son devancier pour assumer la plénitude de son pouvoir. Quelque soit le prix. Pour son pouvoir, rien n’a de prix. Tous ceux qui s’y sont posés comme de potentiels rivaux ont été broyés par la foudre de sa rancune.
Rancunier
Difficile en effet de ne pas trouver en cet homme autant rusé que discret, les traits d’un tenace rancunier. Ahmadou Ahidjo, rival de la première heure en a expérimenté la terrible expérience. Lui qui fut condamné à mort par une justice, manifestement aux ordres. Lui enfin dont même la dépouille continue à subir la foudre vengeresse du prince d’Etoudi. Il est ainsi en effet, jaloux de son pouvoir et prêt à en découdre avec tous ceux qui osent en éprouver, avec conviction, la convoitise. Clichés. Paul Biya ne s’opposera pas à l’exécution d’un certain nombre de militaires ayant entrepris un putsch manqué en 1984. Rancunier, il fit mettre John Fru Ndi en résidence surveillée au lendemain de l’élection présidentielle de 1992. Cet opposant téméraire osa revendiquer le trône suprême en affirmant qu’il avait remporté l’élection présidentielle de 1992. Jaloux à mourir de son pouvoir, très méfiant vis-à-vis de rivaux, il fit supprimer très vite la disposition constitutionnelle – dont il a bénéficié – permettant au Premier ministre de succéder au président de la République en cas de vacances. Pour être à l’abri de mauvaises surprises. Des surprises comme celle de 1997 où il vit son secrétaire général de la présidence de la République démissionner pour être candidat à…son pouvoir ! Une traitrise qu’il fit durement sanctionner en faisant mettre en prison Titus Edzoa qui n’eût alors jamais l’occasion de se présenter à l’élection mais se retrouva derrière les barreaux où il se trouve toujours. Tout comme un Français d’origine camerounaise du nom de Thierry Michel Atangana qui n’aura eu que le malheur d’être « proche » - semble t-il - de Titus Edzoa. Rancunier enfin, le prince d’Etoudi n’a pas hésité à monter une opération dite « Épervier » de lutte contre la corruption où il décapite progressivement le « G11 », ce groupe de personnalités puissantes qui convoitent son fauteuil. Une opération qui lui permet de maintenir le couperet au dessus de la tête de dauphins présumés dont les dossiers compromettants sont déjà ficelés.
Vissé à mort
Le président Biya ne transige pas quand il s’agit de son pouvoir. Sa première épouse, Jeanne Irène Biya envisagea – raconte-t-on à Yaoundé – de quitter le pouvoir pour retrouver une vie normale avec cet époux qu’elle avait connu et aimé quelques années plus tôt. Elle quitta le monde dans des circonstances qui bruissent encore de soupçons accablants sur la personne même de son époux. Prêt à prendre des risques les plus fous pour s’accrocher, l’homme du 6 novembre 1982 n’hésite pas à exposer le pays à de graves incertitudes. Au début des années 1990, alors que le pays est au bord d’une guerre civile qui a failli déboucher sur un coup d’Etat de l’aveu même d’un général à la retraite, il refuse une conférence nationale revendiquée par la majorité des forces sociales. « La conférence nationale est sans objet » dira-t-il. Aux risques et périls de la cohésion sociale du Cameroun déjà mise à mal par 9 mois de turbulences sociopolitiques. Il se résoudra néanmoins à une tripartite dont le principal accord – la limitation du mandat présidentiel – a été violé unilatéralement en avril 2008. Il est ainsi le prince. Il ne cède jamais. Malicieux, « fourbe » comme le qualifia son prédécesseur, il a plus d’une flèche à son arc et n’hésite pas à faire semblant de céder pour mieux dérouter ses adversaires. Comme sur le dossier de l’actuelle commission électorale, Elecam dont il a volontiers créer le débat sur le conseil électoral (en y nommant des personnalités qu’il savait controversées pour susciter la controverse) tout en confiant les réels pouvoirs au directeur général que l’opinion épargne curieusement. D’ailleurs, il a retiré à cette commission électorale, le pouvoir de publier les tendances pour en confier la compétence exclusive à la Cour suprême. Un cas sans doute unique au monde. De quoi n’y voir que du feu !
Défier le maître si besoin
A la France, il doit tout…ou presque. Dès le début de la crise avec son prédécesseur, il reçoit le soutien de Paris. Guy Penne, conseiller du président français Mitterand propose au président de réformer la garde présidentielle, véritable menace pour son pouvoir. Il n’hésite pas à suivre le conseil en nommant le colonel Meka (Sudiste comme lui) en qualité d’adjoint d’Oumaroudjam Yaya (nordiste) à la tête de la sécurité présidentielle. Il recevra solennellement le soutien officiel du président français, François Mitterand. Devant le parlement camerounais, il dira que la France se sent à l’aise avec le président Biya. Tellement euphorique du soutien français, Paul Biya se proclama même « meilleur élève » de la France. Seulement, le vent semble avoir tourné avec Nicolas Sarkozy. Un président qui n’a rien en commun avec son homologue camerounais. Désamour, oui. De là à envisager une sortie de piste ? Non ! Accroc à la limite, il ne faut pas s’étonner de voir la bête défier le maître. Ne voit-on pas ses lieutenants lancer des diatribes enflammées contre « les ennemis de l’extérieur » ? Ne le voit-on pas se retourner vers la Chine, pays qui ne se soucie pas des questions d’alternance au sommet de l’Etat ou de transparence électorale ? Questions beaucoup trop sensibles qui posent l’idée pour le prince d’envisager une vie sans le pouvoir ? Sans son pouvoir ? Lui qui n’envisage plus une vie sans son pouvoir ? Comment en être autrement pour cet homme qui débuta sa carrière par le haut c’est-à-dire par la présidence de la République et qui, dès lors, n’a plus quitté le confort et les ors de la très haute administration.
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