Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Tizié Bi Koffi Le directeur du Musée national du costume explique les enjeux des journées magnifiant les vêtements qui ont eu lieu les 11 et 12 février à Grand-Bassam.
Pourquoi avez-vous choisi comme thème cette année : «Costume, trait d’union entre tradition et modernisme»?
Nous avons constaté qu’avec le temps qui passe, les choses changent. Cette dynamique est perceptible dans le secteur du textile. Nous avons choisi ce thème pour dire aux uns et aux autres de penser à ce qui a existé auparavant. Ce qui nous amène à dire qu’il est plus qu’impérieux de s’y appuyer pour créer de nouvelles choses.
Justement, pensez-vous qu’après six éditions, vous êtes suivis par les populations dans la mise en valeur des vêtements traditionnels?
Tout à fait ; nous avons le sentiment d’être suivis. Pour la simple raison que les créateurs font toujours appel aux matériaux traditionnels dans le domaine de la couture pour travailler. Outre ce fait, vous avez constaté que les gens sont sortis nombreux pour venir assister aux différentes manifestations. C’est vous dire que notre événement intéresse les créateurs et le peuple qui sont nos acteurs partenaires. Pour témoigner du fait que nous sommes suivis dans ce que nous faisons, sept ministres du gouvernement ont effectué le déplacement de Grand-Bassam pour assister à la cérémonie d’ouverture de la 6e édition de la Semaine du costume et de la mode. Or vous savez que dans la tradition le chiffre 7 est celui de l’achèvement, de la plénitude et de la complétude. Ce sont donc des faits qui montrent que les Journées du costume portent.
Le ministre de la Culture, Voho Sahi, dans son discours d’ouverture, a souhaité que les costumes des artistes soient mis en valeur dans votre institution. Comment allez-vous vous y prendre pour répondre à ce besoin?
Ce que suggère le ministre Voho Sahi fait partie déjà d’un vaste projet. Mais en attendant, nous allons nous asseoir et voir dans quelle mesure nous allons conduire un tel projet. Le Musée national du costume doit avoir des costumes authentiques et originaux. Au niveau des pistes, nous sommes en train de prendre des contacts pour réaliser notre vœu à travers nos politiques d’acquisition qui sont l’achat, le don et les legs. Nous ferons tout ce qui est dans nos possibilités pour acquérir ces costumes spécifiques dont il est question.
En dépit de l’optimisme que vous affichez, le constat est que votre institution reste méconnue du grand public. Partagez-vous ce sentiment et que faites-vous pour pallier ce déficit?
Nous avons effectivement l’impression que le Musée national du costume n’est pas connu. Or si nous nous référons aux statistiques des différentes visites, nous ne pouvons qu’affirmer que notre institution est bel et bien connue.
C’est un fait général, les Africains en général et les Ivoiriens en particulier ne fréquentent pas les musées…
Cette non fréquentation est due au fait que les musées répondent un peu aux critères occidentaux. Cela m’amène à dire que quand ces occidentaux étaient là, ils faisaient la collecte des objets à emporter. C’est donc sur cette base que nos musées ont vu le jour. Aujourd’hui, deux écoles s’affrontent au niveau de la conservation. Dont l’une, celle des conservateurs pense qu’il faut se passer de ce type de musée à l’occidental et faire de la conservation in situ, c’est-à-dire que l’objet est conservé là où on l’a trouvé. Entre les deux écoles, il y a quelque chose à faire. Il nous appartient de donner une âme à nos objets que nous mettons dans nos musées et surtout réserver une place de choix à nos objets sacrés.
Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre institution?
Etant situé juste en bordure de mer, nous avons des difficultés avec les embruns marins qui agissent sur nos objets. Nous avons donc besoin d’assez de moyens pour pouvoir sauvegarder nos objets. Outre cela, nos réserves ne correspondent pas aux normes de conservation. Nous avons un bâtiment en construction pour pallier ce déficit; mais malheureusement, nous n’avons pas les moyens de le terminer. Nous lançons donc un appel à toutes les bonnes volontés à nous venir en aide pour qu’ensemble, nous sauvegardions notre patrimoine culturel.
A quand la prochaine édition de la semaine du costume qui, en principe, a lieu tous les deux ans?
La culture étant la base de tout développement, il nous faut y apporter beaucoup de considérations. Les échecs dans nos sociétés sont dus à la non prise en compte de la culture. Ce qui veut dire que c’est un droit pour le peuple de sauvegarder son patrimoine. La semaine du costume est une manifestation instituée par l’Etat ; il nous appartient de tout mettre en œuvre pour l’organiser. Nous venons de tenir l’édition en décembre 2010. Nous prévoyons la prochaine édition en fin d’année. Je voudrais surtout saluer la grande vision que M. Voho Sahi a de la culture.
Interview réalisée par Issa T. Yeo
Source: http://www.fratmat.info