Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Etait-ce pour épicer la campagne présidentielle ? Un candidat, et pas des moindres, écorcha un jour publiquement la jarre trouée de Guézo, fanion de la formation politique l’Union fait la Nation (UN), et préconisa, à la place, sa jarre à lui, remplie et pas trouée. Grande émotion dans le Landerneau. Des langues se délièrent et des plumes s’agitèrent pour fustiger l’offense faite à un symbole à valeur universelle, puisqu’il n’est rien d’autre que l’illustration dahoméenne du fameux adage ‘‘l’union fait la force’’. Les protestataires ont donc et auront toujours raison sur le principe.
Mais à la réflexion et dans les faits, cette jarre du roi Guézo, au-delà de sa signification première d’appel à l’union, n’est-elle pas la jarre trouée d’une éternelle mésentente et d’une désunion non moins éternelle ? Guézo n’a jamais été roi que d’Abomey, et l’idée de la jarre, dont les trous sont à boucher avec les doigts des fils et filles de la nation, lui vint parce que le royaume d’Abomey n’était pas un modèle de nation unie autour de son chef. Il faut croire que, malgré sa portée symbolique parlante et forte, l’image n’a pas convaincu grand monde à Abomey et n’a pas en tout cas amené le royaume à s’unir. Aujourd’hui encore, et de façon ostentatoire, Abomey est divisé entre deux grands clans eux-mêmes divisés en sous-clans, et ce n’est jamais la paix des braves, mais toujours à qui tirera le drap à soi. Bonjour les dégâts.
Guézo n’a jamais été roi que d’Abomey. En tant que tel, à l’instar de ses prédécesseurs et de ses successeurs, il a fait trembler tout le monde alentour durant son règne. Tant et si bien que, en dehors de ses sujets, dans le cadre supposé d’une entente sacrée, aucun autre doigt alentour ne se voyait en train de boucher l’un quelconque des trous de la jarre de Guézo. Hors de son royaume, le souhait devait être unanime pour l’éclatement définitif de la jarre, c’est-à-dire pour la disparition du royaume d’Abomey. Et pour ne prendre qu’un exemple, l’ancien royaume de Kétou semble avoir des raisons fortes d’en vouloir personnellement au roi Guézo pour l’éternité. C’est pour dire qu’il est difficile, même aujourd’hui, de faire admettre aux Béninois de Kétou la fameuse jarre comme symbole de l’appel à l’unité de notre pays.
Mais très sincèrement, qui se sent aujourd’hui encore au Bénin concerné par ce symbole ? Osons la réponse : personne ! Et ce n’est pas l’Union fait la Nation, qui en a fait pourtant son fanion, qui dira le contraire. Dès les élection terminées et perdues, l’UN a offert un spectacle de débandade telle que l’on se demande si la jarre-fanion n’est pas plutôt celle de la zizanie. Toujours est-il que de la débandade de l’Union fait la Nation, la jarre de Guézo, déjà mal en point, est sortie avec des trous nouveaux et plus béants que les anciens. Il paraît même qu’au moment où l’UN donnait le sentiment de porter très haut la jarre dans son cœur à la face du monde, chacune de ses composantes faisait en secret des crocs-en-jambe à l’autre, et que c’était déjà à qui trahirait la première pour les lentilles. Cette histoire n’est peut-être pas vraie, compte tenu de la tendance des Béninois à en rajouter dès qu’il vous ont trouvé le péché le plus mignon, à vous qui prétendiez à la vertu, à la vertu de l’union en l’occurrence.
A supposer toutefois que ce ne soit pas du vaudeville que toute cette ballade de la jarre trouée trimballée partout pendant la campagne présidentielle pour nous faire croire que l’on avait cessé de se haïr cordialement, il se pose tout de même la question de nos symboles au Bénin. Pourquoi les choisissons-nous dans le registre trivial, négatif et démobilisateur ? Nous avons osé faire héros national un anti-héros, un roi qui a tout perdu et qui s’est retrouvé déporté en Martinique où l’on déportait nombre de ceux qu’il livrait à l’esclavage. Est-ce là un modèle lumineux à proposer à nos enfants et petits-enfants ? Et nous voici maintenant avec sur les bras, ou sur la tête, une jarre trouée, symbole gangrené dès ses origines, dont il reste prisonnier. Décidément, nous ne faisons pas dans la dentelle. Si l’union fait la force des nations, la jarre trouée de Guézo ne fait pas la nation béninoise. On peut donc oser la conclusion sans vouloir choquer personne : pour le Bénin qui veut avancer, tout, sauf la jarre trouée de Guézo. Et cela, en attendant la clarification culturelle nationale dont le temps presse.
(Par Roger Gbégnonvi)