Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Né en juin 1954, Soro Kaboho Gilbert a, aujourd’hui, 57 ans. Ses cheveux encore naturellement noirs avec un regard timoré et candide, lui donnent l’allure d’une personne inoffensive et aimable. Il est prompt à vous donner un sachet de médicament en signe d’amitié.
Soro Kaboho Gilbert est tradipraticien, naturothérapeute recensé par le Programme national de la médecine traditionnelle du Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique depuis avril 2009.
Bien connu dans la région de Korhogo et au-delà, il tient sa science de son père qui lui-même la tient de son père. « Nous sommes une famille de guérisseurs. Mon père a, aujourd’hui, 120 ans. Il a appris la connaissance et l’usage des plantes de son père. Moi, je soigne. Mes enfants aussi connaissent et se soignent avec les plantes... Au départ, je donnais les médicaments gratuitement à mes connaissances pour leur rendre service», raconte-t-il.
Soro Kaboho Gilbert est de Blahouala, village de forgerons situé à une dizaine de km de Korhogo. Il est lui-même de cette caste. Et le métier lié à cette tradition, est celui de charbonnier. En plus, il est fabricant de mortiers. Très jeune paysan charbonnier, il livrait du charbon à un fonctionnaire à Korhogo. En 1970, à l’âge de 16 ans, son client lui demanda d’aller travailler comme manœuvre à Sassandra dans le champ de son père. Il y passa quatre ans. Ce séjour à Sassandra lui permit d’apprendre le français et de côtoyer le christianisme puisque, dit-il, son patron était le chef des chrétiens du village.
De retour dans son village, il suivit son père à l’église catholique du village avec un avantage particulier : il savait s’exprimer en français. Le prêtre le détecta et fit de lui un catéchiste bénévole après avoir renforcé ses capacités en l’inscrivant en cours du soir. Et jusqu’en 1977, il sera catéchiste bénévole du village avant d’être affecté à la Paroisse de Petit puis à la Paroisse notre dame de l’Assomption de Haoussabougou à Korhogo comme catéchiste principal ; avant de lui demander en 1980 de laisser la place aux jeunes.
Alors, presque livré à lui-même, un ami (Célestin) lui demanda d’exploiter ses atouts de tradipraticien. « J’ai mis du temps à [Les emballages modernes réalisés par Soro Gilbert en remplacement des canaris (Photos: Martial Niangoran)] l’accepter », a-t-il précisé. Car, pour lui, cela était incompatible avec sa foi de chrétien. Mais Célestin étant lui-même chrétien, lui rappela que Jésus aussi soignait. Il demanda et obtint alors la permission de son père pour exercer pleinement cette activité. Il décida avec l’appui de son ami d’innover. Son père proposait ses médicaments dans des canaris. Or, entre
temps, le terme « canari » avait pris d’autres connotations. « Avoir des canaris » ou « laver des canaris », veulent désormais dire pratiques occultes et fétichistes. C’est pourquoi, il transforme les racines, les écorces, les feuilles et autres produits de base en poudre ou en pommade à base de beurre de karité. Ainsi, ses produits se présentent dans des pots plastiques ou dans des sachets.
Ainsi, Soro Kaboho Gilbert pense convaincre ses clients avec ces emballages. Un jour, heureux d’offrir un de ses médicaments à une dame, il sera frustré par celle-ci. « On fait quoi avec ça, qu’est-ce que ça soigne ? » Avant de refuser cette offre. « Ça m’a fait mal alors que je lui donnais gratuitement mon médicament», dit-il. Mais ce comportement qui l’a frustré lui a plutôt donné des idées quant à la présentation de ses produits. Il a alors décidé de les étiqueter. Avec l’aide son ami, il travailla à la posologie.
Par ailleurs, Soro Kaboho Gilbert soigne le paludisme, l’ulcère, la fatigue générale, le rhumatisme, les hémorroïdes, la stérilité … Le Sipoum, l’un de ses médicaments, est une vitamine qui, « utilisée régulièrement » aide à rajeunir le corps, à combattre la fatigue générale, à retrouver la mémoire, à nettoyer les reins, à combattre la prostate … Le Ferelaha est un puissant aphrodisiaque.
Martial Niangoran
Correspondant régional
Source: http:\\www.fratmat.com