Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Dans ce petit restaurant-bar de la banlieue de Cotonou, il n’y en avait que pour eux, deux malabars assis au comptoir et qui, dopés à fond par ‘‘la bière Guinness et la puissance est en vous !’’, n’avaient cure d’imposer à tous les clients la teneur de leur conversation, tellement leur voix emplissait le local. Laissant donc tomber le canard que je voulais parcourir en mangeant, je me concentrai sur mon riz au poisson et les écoutai sans en avoir l’air.
Tu sais, moi je me suis trituré les méninges, et j’ai tout compris. Je t’explique. Le type, il est trop fort, c’est moi qui te le dis. Il sait là où il va, et il y fonce tout droit. Et pour mieux y foncer, il brouille les pistes autour de lui et embrouille la population. C’est le système ruses de Sioux, et c’est la refondation par ruses de Sioux. Pendant que vous jacassez, il passe, vlan, KO, hop là ! Droit à la révision. C’est là où il va. Et il n’y va pas pour ensuite reculer. Illogique. Et l’on n’a vu ça dans aucun pays bananier. Oui, tu me diras qu’à Niamey, les militaires ont mis le holà. Mais c’est que là-bas, le grand-père avait oublié de bourrer de caillasse les rangers de ses soldats. Or le nôtre est passé maître en l’art de remplir les poches aux siens, il vous beurre quelque chose de colossal. Et pendant qu’on y est, j’aimerais qu’il me beurre un peu aussi. Mais toi et moi, pauvres bougres, qui nous regarde ? C’est tristesse !
Et puis tu vois avec quelle maîtrise il nettoie la place et balise le terrain. Connaissant les batraciens qui coasseront en cas de troisième mandat, il assèche la rivière des syndicats et taille des croupières aux douaniers réputés invincibles. Fin prévue des coassements. Le type, il est trop fort. Vous chialez, vous beuglez, lui, il va droit son chemin sur ses jambes longues. Ceux qui ont fini leur scolarité appellent ça ‘‘le chien aboie, la caravane passe’’. Et puis tu vois, appâtés par le bon pognon, tous les députés ont déjà atterri dans sa nasse. Les deux ou trois derniers entreront dans le filet à la vue de la prospérité des quatre-vingt premiers. Qui d’entre eux peut résister toujours à ce à quoi Maman a succombé. Hein, dis-moi, toi, tu peux ?
Le type, il est trop fort, et c’est moi qui te le dis. Il est malin comme ce n’est pas permis. Tu vas voir, il ne toucheras pas á leurs deux articles ‘‘Touche pas ma Constitution’’ parce que là, c’est hard, et qu’on a beau être garçon, on n’est jamais double garçon, et l’on n’est pas garçon singleton pour aller dans le mur. Donc, ruses de Sioux, il n’y touchera pas. Mais il touchera à tellement d’articles qu’à la fin ce sera comme une nouvelle constitution. Alors, chorus avec notre oncle de Ouaga et notre aïeul de Dakar, il dira : ‘‘Vous voyez, c’est une nouvelle constitution. Donc je reste pour un nouveau premier mandat suivi d’un nouveau second mandat’’. C’est ça, la force du type, et c’est ça qu’on appelle ruses de Sioux. Et c’est pour ça qu’il envoie périodiquement des zozos semblables à toi dire et redire qu’il tiendra parole et respectera la constitution. Quelle parole ? Quelle constitution ? Les zozos, qui ne sont pas fous, se gardent bien de nous le dire. Tu sais qu’à Niamey, le grand-père s’était acheté un autre exemplaire du Coran pour ne pas avoir l’air parjure au regard de l’exemplaire sur lequel il avait prêté serment de fidélité à la constitution non révisée ! Ici, nul besoin de pousser les ruses de Sioux dans ces retranchements de la piété, car le Bob est pour le boss.
Et moi, pour tout te dire, je gobe aussi le boss, j’aime trop son affaire. Je suis pour lui à cent-deux pour cent. A sa place, je ferais ce qu’il fait. Tu vois, il y a des postes juteux, mais ce poste-là, c’est le jus même ou, si tu veux, la source de tous les jus. Et tu vas laisser ça à un autre ? Ton fric par containers, ta Guinness à flot, et si c’est le whisky que t’aimes, y’en a des tonneaux. Et les Go défilent avec leur cahier ouvert, et tu leur écris dedans seulement. Et tu vas laisser ? Tu es fou, ou quoi ? Moi je ne laisserais ça à personne. Pas à mon père. Pas à ma mère. J’userais de toutes les ruses de Sioux pour conserver ça. C’est trop bon. C’est pourquoi j’aime trop l’affaire du boss. Son affaire de refondation-là me botte fantastique. Je suis trop pour. Un jour, tu verras, il me beurrera aussi. Et comme je t’aime bien, je t’en ferai profiter…
Deux grosses mouches étaient venues, entre temps, se poser sur mon riz. J’ai dû renoncer à le manger.
(Par Roger Gbégnonvi)