Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Attécoubé, l'une des dix communes de la ville d'Abidjan, enregistre en son sein plusieurs quartiers précaires, dont le plus spectaculaire se nomme « Tombé-mort ». Situé à quelques encablures du sanctuaire mariale de la cité fairmont , ce site --qui existe depuis plus de trente cinq ans selon le témoignage de certains habitants-- est un danger permanent auquel ils doivent faire face à chaque instant de leur vie.
Ici, l'article 19 du chapitre premier de la Constitution ivoirienne, relatif aux libertés et droits qui stipule : « Le droit à un environnement sain est reconnu à tous » est loin d'être une réalité. Au bas mot, c'est plus de 300 familles vivant sur cet espace qui sont privées du droit à un logement adéquat (abordable, habitable, correctement situé et acceptable) et du droit à l’eau.
Notre randonnée dans ce quartier est rapidement repérée. Et, tout de suite, nous sommes l’objet de curiosité de la part de plusieurs personnes qui nous observent; avec, au bout des lèvres des interrogations.
Comprenant l’inquiétude ambiante, nous prenons le devant, en tentant de rassurer les uns et les autres. Nous n’hésitons donc pas à décliner notre identité et notre qualité allant jusqu’à demander leur aide pour des informations.
« Je suis né ici, et j'ai grandi ici. Et cela fait 28 ans. Ce quartier s'étendait jusqu'a près de 15 mètres du complexe sportif. Et, vu qu'il est sur une pente, à chaque saison des pluies, nous enregistrons des éboulements de terrains qui entraînent des maisons et font de nombreuses victimes dont des morts, des blessés et des sans abris », nous indique Traoré Mamadou. Qui précise que le cas le plus grave fut enregistré en juillet et août 2009, où plus d'une dizaine de maisons ont été emportées, entraînant neuf cas de décès et obligeant les survivants à trouver refuge ailleurs.
Comme Traoré Mamadou, nombreux sont ces habitants qui prétendent ne pas avoir les moyens pour se trouver un autre logement. Selon eux, nombreux sont les propriétaires des cours, qui ont abandonné leurs maisons. De peur de se faire arrêter par le ministère de la Construction pour avoir construit sur un site dangereux ayant causé mort d'hommes. De ce fait, plusieurs d'entre eux ne payent plus de loyer. Et même ceux qui le font payent entre 5.000 FCFA et 10.000 FCFA pour une maison de deux pièces.
En plus de ces difficultés, ce quartier semble être un reposoir pour plusieurs gangsters et drogués. Notre interlocuteur faisant office de guide nous interdit l'accès à certains endroits devenus fief de drogués et autres gangsters toujours prêts à dépouiller tout nouveau visiteur qui s'y hasarde. Les observant de loin, nous nous rendons compte qu'il s'agit de jeunes gens dont l'âge varie entre 15 et 22 ans et dont la plupart gardent des traces de blessures sur le visage. Sans aucun doute, des séquelles de leur passage à tabac au cours d’une « opération » qui se serait mal terminée pour eux.
Intrigué par notre présence, l'un d'entre eux approche et nous demande poliment de quitter les lieux au motif, que selon lui, notre présence dérange. Il ajoute même qu'il nous tolère à cause de la présence d'un ancien du quartier à nos cotés. A la question de savoir ce qu'ils font en ces lieux, sa réponse est claire : «C'est notre fumoir. Actuellement, les choses sont compliquées. Et, si nous sortons, ce n’est pas bon. On fera trop de dégâts et on n'aura rien de bon comme argent sur nos victimes ».
Mais, en dépit de ce sombre tableau, « Tombé-mort » regorge en son sein de quelques centres de santé, une école primaire; et surtout de nombreux édifices religieux ; comme pour rappeler à Dieu qu'ici vivent encore certaines de ces créatures sur cette terre et attendent sa miséricorde.
Ces conditions de vie ne sont pas un cas isolé. Car, selon un rapport publié par Amnesty international, plus d'un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles ou des abris de fortune. Et un citadin sur trois vit dans des logements inadéquats, n'ayant que peu ou pas d'installations essentielles.
Le Plan ORSEC (Organisation de la Réponse de Sécurité Civile) lancé par le préfet d'Abidjan en vue de régler ce genre de problème en Cote d'Ivoire, a vite pris de l’eau ; s’est vite étouffé faute de moyens financiers pour un pays qui traverse une crise sociopolitique depuis bientôt dix ans.
Ouattara Ouakaltio
Source: http://www.fratmat.info