Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Pour autant que l’hospitalité ponctuelle de notre capitale économique reflète celle qui se déploie occasionnellement de la mer Atlantique au fleuve Niger, tout le Bénin s’est contemplé dans le miroir de propreté et de dignité présenté par la ville de Cotonou à sa Sainteté Benoît XVI. Porto-Novo eût ajouté à cet accueil la marque spécifique de sa faconde, Nikki le panache du flamboyant de ses chevaux, etc. Ouidah n’eut pas le temps de montrer au Saint-Père les plumes rouges-sang du vaudou Atchina. Peu importe. Partout en tout cas, on eût cassé et cassé beaucoup pour endimancher les pas de l’hôte et enchanter son regard.
En cassant donc tout ce qui méritait de l’être pour soigner les apparences en présence de l’hôte magnifique, la mairie de Cotonou n’aura jamais fait que correspondre strictement à nos us et coutumes en l’une des deux circonstances que nous considérons comme majeures et déterminantes dans nos existences : l’accueil d’un hôte et l’enterrement d’un proche. Dans un cas comme dans l’autre, nous nous cassons en quatre et nous contractons dettes multiples pour que tout soit nickel, pour que le repas soit pantagruélique, pour que l’hôte ou le macchabée nous quittent en ayant acquis de nous la possibilité d’un souvenir impérissable.
Pour le beau regard du Pape et pour ses pas délicats de pèlerin de la trinité ‘‘Réconciliation, Justice et Paix’’, la mairie de Cotonou a cassé de son mieux, et de nombreuses revendeuses en ont encore les larmes aux yeux en se demandant comment elles vont s’y prendre désormais pour continuer à faire vivoter les leurs en vivotant elles-mêmes au bord des rues, sous le soleil et dans la pollution. Tout en partageant l’angoisse existentielle de nos épouses, mamans et grands-mamans pleurant sur les gravats de leurs baraques de fortune, on se doit de souligner à leur attention que leur mémoire est certainement courte et qu’elles ne sont peut-être pas elles-mêmes d’une totale sincérité. Nos adorables mamans oublient un peu vite qu’elles se sont ruinée trente-six fois déjà pour accueillir dignement dans la famille un hôte de passage ou pour enterrer un proche parent avec les honneurs dus à son rang de macchabée ; elles oublient un peu vite que la mairie de Cotonou ne pouvait pas entreprendre à froid l’opération ‘‘ville propre’’ et que c’est toujours à chaud, à la vue de l’hôte ou du cadavre, que nous réagissons pour le meilleur, et que la mairie a donc eu fichtrement raison de profiter de l’arrivée de l’hôte magnifique qu’est le Pape pour nous obliger à nous laver et à nous tenir droit. D’ailleurs, dès le décollage de l’avion de Benoît XVI, les baraquements de bric et de broc ont repris timidement mais sûrement le chemin du retour pour la survie de nos mamans et pour notre survie à travers la leur. Parti le Saint-Père, revenue la poussière. Et c’est d’une logique implacable, compte tenu de ce que nos raisons d’être propres et dignes nous sont extérieures : il s’agit toujours plus de soigner le paraître que de bonifier l’être. Nous serons propres et dignes en permanence quand le Bénin collectivement, et chaque famille singulièrement, auront constamment sous la main un hôte à chouchouter et, dans le placard, un grand macchabée à honorer. Hors cette double occurrence, on nous verra toujours le ventre nu, nos bretelles pendantes et la poitrine découverte. Dans un pays où il fait en permanence 30 degrés au-dessus de zéro à l’ombre, il n’y a que la magnificence angélique du Saint-Père et l’importance terrifiante des morts pour appeler à un furtif effort de propreté et de dignité.
Mais tout espoir n’est pas mort de la permanence de la propreté et de la dignité au Bénin en l’absence de tout étranger et de tout macchabée. Sous beaucoup d’images célébrant le Saint-Père au motif de ‘‘Réconciliation, Justice et Paix’’, on pouvait lire aussi un énergique ‘‘Afrique, lève-toi !’’ Répondant à cet appel vibrant, les Béninois pourraient bien accepter une profonde modification du fonctionnement de leur cerveau. On les verrait alors mettre toute propreté et toute dignité au programme de leur vie de tous les instants, sans attendre qu’il y ait hôte de marque à accueillir ou cadavre au frais à la morgue. Le cas échéant, Benoît XVI, Pape si calme et au sourire si doux, aura accompli une véritable révolution. En somme, le premier miracle sur son chemin de sainteté. Daigne Dieu l’aider à nous réconcilier avec la dignité.
(Par Roger Gbégnonvi)