Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Comment se définit le mot banal ? Le dictionnaire répond : qui est extrêmement commun, qui est sans originalité. Et c’est, nous semble-t-il, tout au moins à Cotonou, le mot qui sied le mieux pour qualifier tout ce qui a entouré les élections législatives du 30 avril 2011. Atmosphère ordinaire d’un jour ordinaire, désintérêt marqué et visible pour le scrutin, absence de ferveur populaire, désarroi de nombre d’électeurs, errant de bureau de vote en bureau de vote à la recherche de leur nom sur les listes électorales…
Il s’agit moins d’un problème d’organisation matérielle, comme nous en connaissons souvent. Il s’agit plutôt d’une sorte de désamour des citoyens vis-à-vis de la politique, d’un désintérêt marqué de ceux-ci pour le scrutin. Cotonou, c’est vrai, ne regroupe que deux circonscriptions électorales sur les 24 que compte le pays. Ce n’est pas suffisant pour dégager une tendance nationale. De plus, Cotonou, dans sa majorité, reste le fief de l’actuelle opposition. On peut penser que le fait que Boni Yayi, le candidat du pouvoir, a raflé la mise, dès le premier tour de l’élection présidentielle, trois semaines plus tôt, a tétanisé les électeurs de cette ville. L’opinion la plus courante n’en était-elle pas à se demander pourquoi et à quoi bon se fouler la rate d’aller voter pour les législatives ?
L’expression « KO au premier tour » qui fut inventée, à l’occasion, par les partisans de Boni Yayi, trouverait ainsi à se justifier au propre et au figuré. Le KO, comme on le sait, est un terme en usage en boxe. Il traduit l’état d’un boxeur sonné, incapable de continuer le combat. Tout s’est alors passé comme si la majorité des électeurs, assommés, étourdis par le coup reçu, s’étaient bloqués sur et dans le sentiment que maintenant que tout est perdu, qu’il n’y a plus rien à gagner, ils n’en ont rien à cirer.
Ce n’est qu’une manière de voir. Nous pensons qu’il faut creuser plus profond et réfléchir plus avant. La banalité ayant entouré les élections législatives du 30 avril dernier, du fait de la somnolence, sinon de l’indifférence des populations de Cotonou, tient à plusieurs raisons. Retenons-en trois.
Il y a d’abord une perte d’intérêt des populations pour l’élection, pour le fait électoral en général. La présidentielle a eu la force d’un courant qui a roulé un volume d’eau impressionnant. Les législatives, comparaison pour comparaison, ont vu le courant faiblir pour n’être plus qu’un filet d’eau insignifiant. Ce n’est pas innocent. Entre deux élections, nombre d’électeurs ont douté de notre capacité à organiser des consultations justes et crédibles. Les maladies congénitales et invalidantes de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) établissent et certifient à suffisance l’inefficacité, sinon la vanité de notre système électoral.
Il y a, ensuite, une perte de sens et de signification de la politique, synonyme, dans plus d’un esprit, de magouille et de combines en tous genres. La politique est ainsi de moins en moins comprise comme la construction de la cité. Elle est davantage appréhendée comme une foire aux affaires. Seuls les plus rusés et les plus futés, pense-t-on, gagnent dans des transactions plutôt diaboliques qui célèbrent la raison du plus fort et subordonnent la fin aux moyens. Par rapport à quoi, les citoyens-électeurs n’entendent plus être les dindons de la farce, des gens instrumentalisés et manipulés qui suivent les politiciens comme des moutons.
Il y a, enfin, la perte du caractère sacré de la dette due par chacun de nous à la patrie. Parce que nous avons de plus en plus du mal à nous situer par rapport à un patrimoine de valeurs communes. Parce que nous avons de plus en plus du mal à prendre place ou a trouver notre place dans la lignée des dignes fils et filles d’un pays qui a produit de valeureux patriotes, Gbèhanzin et Bio Guéra, que nous citons souvent, n’étant que deux figures emblématiques d’un Bénin debout.
Nous, acteurs, gestionnaires du présent, semblons ainsi évoluer en roue libre, sans référence fondatrice. Nous semblons avancer, sans mémoire, sur une voie sans bornes-repères, prêts à tous les compromis, prêts à toutes les compromissions. Nous semblons construire l’avenir sur le sable mouvant d’un présent sans ciment éthique et moral. Ainsi va le Bénin post électoral. Avec la conscience douloureuse que ça ne va pas.
Jérôme Carlos
La chronique du jour du 2 mai 2011