Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Suite à la très douloureuse affaire Mohammed Merah (mais l’on a récusé toute relation de cause à effet), rafle dans les milieux islamistes de France. A cette occasion, reconduite de toute urgence dans son pays d’un imam malien prêchant la charia, le port intégral du voile pour la femme musulmane et l’antisémitisme. Et c’est là le comble, à supposer que les deux premiers griefs ne fussent pas déjà accablants. Comble de paradoxe que son antisémitisme.
Paradoxe parce que cet imam est noir comme on peut l’être au sud-Mali. S’il fût blanc, c’est-à-dire Touareg, Berbère ou Arabe, autre eût été la réaction. Paradoxe en effet parce que si l’homme noir peut haïr comme tout homme, hélas, il ne peut pas haïr le Juif en tant qu’il est juif, puisque lui, Noir, a été de tout temps, comme aujourd’hui encore, haï parce qu’il est noir, comme le Juif le fut et l’est encore parce qu’il est juif. La moindre des solidarités qu’il puisse donc concevoir c’est celle qui l’unit intimement au Juif, son frère de déportation, de douleur indicible, son frère de sang véritablement. Et nul ne le dit mieux qu’Aimé Césaire qui, mieux que la multitude, sait de quoi il parle. Dans son ‘‘Cahier d’un retour au Pays natal’’, par deux fois sur la même page, il fait coïncider Juif et Nègre en ce qu’il nomme le Noir ‘‘homme-juif’’. Sous sa plume, Nègre et Juif sont historiquement et tout uniment, ‘‘L’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne’’. Il parle du Nègre, et c’est du Juif qu’il parle aussi. Cette communauté de destin dans l’indicible douleur est ce qui lie à jamais Nègre et Juif, et il suffit que l’un ou l’autre en prenne conscience et laisse toute son existence s’imprégner de cette fraternité de douleur et de sang. C’est pourquoi, tout en croyant stoïquement avec Bernard-Henri Lévy ‘‘à l’Impossible et au Mal radical’’, il faut également s’en tenir avec lui ‘‘à cette thèse simple qu’il y a aussi l’Intolérable à quoi il est urgent, sans relâche, de résister.’’
En l’occurrence l’intolérable qui appelle résistance est celui de ce Noir malien antisémite. Est-ce lui déjà qui avait endoctriné ‘‘le Gang des Barbares’’ (ainsi se nomma-t il lui-même) qui séquestra et tua le Juif Ilan Halimi sous la conduite satanique d’un Franco-Ivoirien du nom de Youssouf Fofana ? L’histoire ne le dit pas. Mais il tombe sous le sens que le Nègre au sud du Sahara ne peut pas, ne doit pas être l’éternel mouton bêlant de l’histoire humaine, l’éternel ruminant de l’histoire écrite par la partie guerroyante et conquérante de l’humanité. Il est devenu musulman par la conquête et non point par sa volonté, il est devenu chrétien par la colonisation et non point par sa volonté. Et parce que ceux qui l’ont conquis et islamisé, colonisé et christianisé, sont antisémites, il faudrait que lui aussi le fût ? Dieu d’amour et de miséricorde, Allah le Miséricordieux, ne permets pas, nous t’en prions, que le Nègre au sud du Sahara soit pantin et mimétique au point de se vautrer aujourd’hui, par idiote imitation, dans la fange des fleuves de fiel, de venin et de haine déversés sur lui et le Juif par ceux qui n’ont eu de cesse de les déporter et de les débiter, de l’esclavagiser, lui, et de le chosifier. Tes enfants noirs, Seigneur, au sud du Sahara ne peuvent pas être idiots à ce point. Ne le permets pas. ‘‘Ah ! Seigneur, éloigne de ma mémoire…/ Ce masque de petitesse et de haine pour qui je n’ai que haine – mais je peux bien haïr le Mal’’, te prie pour nous Senghor.
Et le Mal en l’occurrence (avec une majuscule) c’est ce prédicateur nègre prêchant l’antisémitisme. Non, il ne peut pas, il n’en a pas le droit. De par leur communauté de destin dans l’indicible douleur, Nègres et Juifs ont la mission intime, sublime et commune, de faire reculer les frontières de la douleur en travaillant sans relâche à l’amélioration de l’homme. Voilà pourquoi crier haro sur ces Nègres antisémites, imam et Gang des Barbares, c’est les réveiller à la seule tâche à laquelle leur histoire de ‘‘sang et souffrances’’ appelle les Nègres. Et nul ne le dit mieux que Senghor encore, s’adressant au Seigneur de toute grâce : ‘‘Vois les têtes houleuses de mon peuple. Et Donne à leurs mains chaudes qu’elles enlacent la terre d’une ceinture de mains fraternelles / DESSOUS L’ARC-EN CIEL DE TA PAIX’’.
(Par Roger Gbégnonvi)