Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.

Publicité

Face aux manifestants à mains nues:Le mauvais usage de la force

marche benin repression oppositionLes dernières interventions des forces de l’ordre contre les manifestants à mains nues qui protestaient contre la violation des acquis démocratiques et l’interdiction de leurs droits à s’exprimer par la rue, a révélé un mauvais usage de la force. Le sang a coulé à cause des méthodes brutes et primaires utilisées par les policiers. D’autant plus que les agitations qu’on ne souhaite pas risquent de s’accentuer dans les jours à venir, les forces de l’ordre sont appelées à revoir leurs méthodes.
Une police répressive et sans méthodes appropriées face à des manifestations de basse intensité. Plusieurs exemples éloquents sont à l‘ordre du jour. Le jeudi 24 mars 2011 deux manifestations lancées par l’opposition ont été réprimées dans le sang à Cotonou. A Wologuèdê non loin de la mairie de Cotonou, plusieurs jeunes manifestants ameutés par l’opposition ont été sauvagement battus à coups de matraque. Résultat : des dizaines de blessés sur le carreau. Sur les mêmes lieux, la Police armée de gaz lacrymogène n’a pas hésité à en faire usage. Plusieurs personnes, y compris des passants ont été touchées, parfois grièvement nécessitant du coup des évacuations à l’hôpital. Le même jour, il y a eu des échauffourées à Akpakpa, la plus grande agglomération de Cotonou. Plusieurs centaines de jeunes ont pris d’assaut la rue suite à l’appel de l’opposition. La manifestation s’est soldée par des blessés graves et des arrestations. La Police intervenant pour contenir le mouvement a exagérément utilisé la force. Avec à sa tête le commissaire central de la ville de Cotonou, Louis-Philippe Houndégnon, elle n’a pas fait de distinguo entre manifestants, passants, et autres maltraitant du coup des non manifestants dont un journaliste battu parce que faussement assimilé à des manifestants reprimés avec une « barbarie » extrême. Le député Raphaël Akotègnon, désigné par la Police comme meneur et pris en sandwich par le commissaire central en a eu pour son compte. Arrêtés le député et trois autres personnes seront présentés au Procureur de la République près le Tribunal de première instance de Cotonou. Aux termes d’un procès palpitant et plein de suspense, la justice relaxe les prévenus parce que les faits à eux reprochés ne sont pas constitués. C’est le même verdict qui a sanctionné un autre procès similaire dont le Tribunal de Porto-Novo a été saisi pour les mêmes manifestations. En effet, après Cotonou, c’est Porto-Novo qui a connu ses premiers heurts postélectoraux dans la rue, le samedi 26 mars 2011. Les forces de l’ordre n’ont pas fait de détail pour réprimer la manifestation avec des méthodes très dures. De nombreux blessés graves, victimes selon les avocats de la défense de sévices corporels. Au total 22 personnes arrêtées puis blanchies par la Justice.

Même scénario
Le mercredi 30 mars d’autres affrontements ont éclaté à Porto-Novo. La Police et la Gendarmerie sur leurs gardes ont montré une fois encore leur muscle, faisant usage de la force pour casser les manifestations qui faut-il le rappeler, sont interdites. Deux vagues d‘arrestations, une première de 18 personnes opérée par la Police et l’autre de 13 manifestants présumés dirigée par la Gendarmerie. La Justice relâchera la plupart d’entre eux, pour défaut de preuves. Les évènements se ressemblent et se succèdent. En clair, sur toute la ligne les jugements rendus par la Justice constituent un désaveu pour les forces de l’ordre et évoquent des interrogations sur leur professionnalisme. Soit elles n’arrivent pas à rassembler des preuves suffisantes contre les prévenus quand bien-même ceux-ci sont de vrais manifestants. Soit, ces derniers parviennent à traverser leurs mailles et ce sont les innocents qui répondent des actes des autres. Autre chose qu’il ne faut pas exclure des motifs qui expliquent une série de camouflets pour les forces de l’ordre, ce sont les procès verbaux et rapports mal rédigés, tronqués ou orientés. Dans l’affaire Raphaël Akotègnon et consorts, le commissaire central de la ville de Cotonou Louis-Philippe Houndégnon comparaissant à la barre pour défendre son rapport a été mis en difficulté à cause du rapport qu’il a produit. D’où les avocats de la défense ont parlé de rapport vide et ont conclu à un procès politique. Est-ce la même chose qu’a observé la Justice en prononçant la relaxe pure et simple des prévenus ? La question reste entière, surtout que le Bénin est à un grand tournant de son histoire. Personne ne sait d’où viendra l’étincelle qui qllumera la mèche. C’est pourquoi, les forces de l’ordre tout en remplissant loyalement leur mission doivent mesurer leurs méthodes d’intervention. Ce qui est par ailleurs surprenant, c’est que le dispositif sécuritaire dissuasif n’a pas empêché l’éclosion des manifestations.

Dans la logique de la force
Les propos menaçants du Directeur de la sécurité publique Djimassè, du commissaire central de la ville de Cotonou, Louis-Philippe Houndégnon et de son collègue de Porto-Novo, Prince Allédji laissent croire que le recours à la force face à des manifestants non armés est un mot d’ordre. Il est vrai que la Police nationale a un statut militaire et obéit aux ordres de la hiérarchie. En cela, exécuter les ordres de la hiérarchie fait partie de ses obligations professionnelles. Mais il est aussi vrai qu’elle ne doit pas au nom de la discipline verser le sang des citoyens. Aujourd’hui sa responsabilité est à l’ordre du jour dans les évènements malheureux auxquels on assiste. De plus en plus, critiquée pour son comportement brutal et primaire au cours des opérations de ces derniers jours contre des manifestations postélectorales, la Police pourrait répondre de ses actes. Des cas de flagrants délits de « bavures » existent non seulement concernant ses interventions sur les lieux des manifestations, mais aussi dans ses locaux où des défenseurs des droits de l’homme et des avocats dénoncent des traitements dégradants contre des manifestants présumés. A vrai dire, elle a intérêt à revoir ses méthodes surtout en cette période très agitée où pour un rien on peut mettre le feu aux poudres. Face à des manifestants, elle doit mesurer ses actions, revoir ses mesures coercitives et réadapter l’usage de la force à la situation. Elle doit éviter de surestimer la gravité du mouvement afin de ne pas agir disproportionnellement pour envenimer les antagonismes. Par ailleurs, cette situation d’origine contestataire ne doit pas perdurer et la prise de conscience des protestataires en dépendra. On doit éviter d’affronter la loi et de défier l’Etat.

FN
Journal LE MATINAL 05/04/11

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article