Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
La campagne de commercialisation du Cacao a été ouverte hier et le prix indicatif bord champ fixé à 1000Fcfa/kg. Ce prix est en recul de 100Fcfa par rapport à la campagne précédente, et reste « indicatif ».
Les producteurs qui s’attendaient à ce que l’ouverture de la campagne se fasse avec un nouveau système de régulation leur permettant d’avoir un prix garanti, devront encore s’accommoder du prix indicatif pour quelque temps.
Dans la pratique, les acheteurs se sentent très peu concernés par ce prix. Si au début de la dernière campagne les planteurs ont pu vendre leur produit à plus de 1000Fcfa/kg, ils le doivent à l’anticipation du clash post électoral qui a provoqué une ruée sur l’origine Côte d’Ivoire.
Suite au décret d’interdiction des exportations de cacao le 24 janvier, le prix bord champ est descendu autour de 400Fcfa/kg. Après la levée de l’interdiction le 13 avril, il est remonté entre 550Fcfa et 700Fcfa selon les régions.
Le cours international est quant à lui passé de 1800Fcfa/kg au plus fort de la crise, à 1500Fcfa/kg lors de la petite traite (Juin-Juillet) et est aujourd’hui sous la barre des 1300Fcfa/kg.
Or à 1300Fcfa/kg, à moins que l’état ne sacrifie les prélèvements dont il a tant besoin, il est illusoire de penser que le paysan puisse vendre son cacao à 1000Fcfa/kg.
Le fret coute autour de 100Fcfa/kg. le DUS (doit unitaire de sortie), 14,6% du prix CAF, le taux d’enregistrement 5% du prix CAF et le cumul de la dizaine de prélèvements effectués par les organes de gestion de la filières 2,4% du prix CAF représentent, au cours actuel, respectivement 190Fcfa/kg, 65Fcfa/kg et 31Fcfa/kg. L’acheminement des produits sur les ports d’Abidjan ou de San Pedro coûte, hors rémunération des intermédiaires entre 50 et 150Fcfa/kg selon les régions. La rigueur de l’arithmétique « indique »que le prix d’achat bord champ ne saurait être supérieur à 865Fcfa/kg.
Ce à moins que le CGFCC (Comité de Gestion de la Filière Café Cacao) qui a « indiqué » le prix bord champ, n’escompte un redressement des cours, qui selon un expert de la Rabobank (Pays bas) devraient terminer l’année à leur niveau de 2005-2006 soit autour de 1600US$/tonnes, 800Fcfa/kg.
Ou à moins que l’état, en dépit de ses problèmes de trésorerie, ne renonce à sa principale ressource, la fiscalité sur le cacao.
Cette sortie du CGFCC entre l’impuissance et le dilatoire, montre à quel point il est urgent de réformer le système de commercialisation, dans l’intérêt des planteurs et de l’économie Ivoirienne, le Cacao représentant 20% du PIB et 40% des exportations.
On a beaucoup pointé du doigt la multitude d’organes parasitaires et inefficients que compte la filière. Mais en ponctionnant 2.4% du prix du cacao ils ne sont de tout évidence pas à l’origine de la mauvaise rémunération du paysan, du moins techniquement.
Le fond du problème est la libéralisation débridée, instiguée par les institutions de Bretton Woods, qui a conduit, en 1999, à la liquidation de la caistab, organisme d’état qui régulait les actions des différents opérateurs de la filière du bord champ à l’exportation. Cette libéralisation à réduit l’intervention de l’état à la taxation des volumes exportés, permettant aux acheteurs de s’octroyer des marges déraisonnables au détriment des planteurs.
Revenir sur la libéralisation, parait aujourd’hui tout aussi illusoire que les indications du CFGCC, cependant il serait salutaire que l’état intervienne.
Selon des analystes il serait utile que l’état régule la marge bénéficiaire des exportateurs, seul chainon de la filière sur lequel il a une visibilité. Indispensable qu’il incite les producteurs au regroupement coopératif. Et intéressant qu’il organise des ventes aux enchères locales, sur le principe boursier, voire même crée une bourse du cacao nationale ouvertes aux coopératives et aux exportateurs.
De telles actions, permettraient aux planteurs d’avoir un rôle plus actif dans le jeu de l’offre et de la demande, et d’obtenir un meilleur rapport.
Lors de la campagne 2010/2011, le Cacao aurait rapporté 2300 milliards de Fcfa à la Côte d’Ivoire, dont 450 milliards à l’état, 55 milliards aux organes de gestions de la filière, 300 milliards aux exportateurs, 300 milliards aux intermédiaires et 1200 milliards aux 600 000 planteurs que compte le pays. A titre indicatif…
Fred YAO