Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
A Ouidah, à quarante km de Cotonou, le Centre Culturel offert à la ville par la Chine, il y a une vingtaine d’années, est solidement en ruine, faute de manifestations payantes pour son entretien. La pluie et le soleil y pénètrent ensemble par le toit, et le reste s’en suit. Les murs tiennent bon et parlent d’une possible réhabilitation. A Cotonou, haut lieu des grandes manifestations payantes, le Stade de l’Amitié et le Palais des Congrès, dons de la Chine, n’ont pas de soucis à se faire pour leur entretien. Quant au vaste Ministère des Affaires Etrangères, également don de la Chine, l’Etat soi-même saura empêcher pluie et soleil de le ruiner. Mais le mieux loti, c’est l’immeuble de plus de trente étages que la Chine vient d’offrir à l’Union Africaine comme son siège à Addis-abeba, car tout y est équipé dernier cri par le donateur qui, à toutes fins utiles, a mis à disposition un budget d’entretien pour plusieurs années. Et il ne fait pas de doute qu’au Tchad, où elle pompe le pétrole, au Gabon, où elle débite le bois, la Chine généreuse en locaux clé en main, ce doit être plus flagrant qu’au Bénin. Ailleurs, elle trace des routes. Pour convoyer vers elle les matières premières sorties d’Afrique ?
La question fait froid dans le dos car, s’il y était répondu par l’affirmative, cela voudrait dire que l’aide chinoise à l’Afrique est de même nature que toutes les aides à l’Afrique, que c’est du tape-à-l’œil, de la poudre aux yeux, un écran de fumée derrière lequel se cache l’Empire du Milieu pour prendre sa part d’Afrique à la suite de tous les autres pays qui l’ont précédée dans la besogne et qui la poursuivent. La chose ne manquerait pas d’être cocasse car, au temps des vaillantes luttes d’indépendance, la Chine de Mao Tsö Tong a servi de modèle à de nombreux pays d’Afrique dans l’entreprise de bouter dehors l’envahisseur, voleur incontinent de nos biens. La branche instruite et engagée des combattants africains, c’est-à-dire quelques maquisards et de nombreux pantouflards, pouvait réciter par cœur moult incantations du Livre Rouge magique du gourou dit Grand Timonier. Or le seul point sur lequel la Chine différerait aujourd’hui des grands capitalistes sur le terrain de l’exploitation de l’homme par l’homme, c’est celui des travaux forcés : pour ne pas avoir à faire travailler les Africains sans leur payer le juste prix de leur sueur, l’Empire du Milieu fait débarquer et met à l’œuvre, pour un rendement stakhanoviste, ses propres architectes, ingénieurs, et ouvriers, si du moins l’on s’en tient à ce que l’on a observé à Ouidah et à Cotonou. Ainsi le travail va plus vite à la chinoise – à la stakhanoviste – et les Africains demandeurs d’emploi doivent chercher ailleurs pendant que les Chinois travaillent pour eux avec ardeur et grande discipline. Et les Africains, au chômage, apprennent la leçon chinoise d’ardeur et de discipline au travail.
Cette observation et d’autres donnent à penser que l’aide chinois au développement de l’Afrique vise – comme d’habitude – un développement autre que celui de l’Afrique. Si le pétrole nigérian, pompé par les grands groupes capitalistes, ne profite pas aux Nigérians, dont le monde a entendu récemment les hurlements de colère, pourquoi voudrait-on que la Chine laissât les Tchadiens profiter de leur pétrole par elle pompé ? Et la Chine s’en bat l’œil – du moins on l’imagine – que son Stade de l’Amitié à Cotonou et que son Centre Culturel à Ouidah soient devenus peu ou prou, de jour et surtout de nuit, sanctuaires pour les fumeurs de hachisch, jeunes gens drogués de chômage jusqu’à l’overdose et qui sont désespérément en quête de paradis artificiels pour se donner le change en oubliant leur chienne de vie.
La Chine s’en bat l’œil car, et on le voit ces jours-ci en Syrie, ce qui intéresse la Chine, c’est le développement de la Chine au travers de ses bons rapports avec les dirigeants des pays qui lui permettent de faire des affaires fructueuses. Les Syriens en lutte contre l’oppression et qui meurent par centaines depuis des mois ? La Chine s’en bat l’œil. Il s’agit de son développement et non du massacre des Syriens. Ce pragmatisme serein et chinois devrait forcer les Africains à comprendre que l’aide chinoise au développement de l’Afrique, c’est chinoise Afrique pauvre Afrique, comme avant. Ce qui nous ramène au refrain devenu une rengaine : développement de l’Afrique il y aura le jour où les Africains s’y attèleront
(Par Roger Gbégnonvi)