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Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.

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‘‘Ce pays, quel tas de fumier !’’ selon Aimé Césaire

roger gbegnonvi une2L’irruption des dictateurs ou le surgissement des révolutions totalitaires est toujours couronné par leurs auteurs et acteurs d’un chamboulement du vocabulaire dans le but clairement avoué de reformater les esprits pour rendre le champ cognitif favorable à la pensée unique, plate-forme de toute autocratie. L’on vit en effet comme l’on parle, et vice versa. Nos mots sont miroirs de nos vies. Nos vies sont miroirs de nos mots. Voilà pourquoi, quand nos mots perdent sens ou que leur sens virevolte, nos existences sont en danger comme l’est un navire sans boussole sur une mer agitée. De ce point de vue, nous devons faire très attention à l’usage des mots en ce moment dans notre pays. Y faire attention pour prévenir la perte de sens de nos existences, pour éviter que des intérêts politiques, aussi légitimes puissent-ils paraître, ne projettent nos existences béninoises dans un no man’s land de tous les dangers rwandais-ivoiriens. Car ce qui se passe est grave, et point n’est besoin de multiplier les exemples ; il en suffira d’un pour nous faire prendre la mesure du drame futur et déjà actuel.
On a dénoncé un vol, voire un hold-up et, pour bien montrer que l’on ne parlait pas pour parler, l’on a apporté tout son soutien à la déclaration écrite et lue face au monde, selon laquelle le gâteau convoité revenait à X qui l’a gagné, et non point à Y qui l’a volé. Aussitôt après cependant, l’on s’est mis à table avec le prétendu voleur pour manger avec lui le gâteau que l’on prétend qu’il a volé. Qu’est-ce à dire ? Que le vol n’est un crime que lorsqu’il est commis par un autre que soi-même et que, ‘‘faute de grives on mange les merles’’, c’est-à-dire que l’on peut manger avec le voleur ce qu’il a volé, faute d’avoir réussi à être soi-même le voleur ? Que veulent dire les mots hold-up et vol s’ils sont positifs ou négatifs, marqueurs de vertu ou de crime, selon les personnes, les moments, les lieux et les opportunités ?
Pour sa part, le Président d’Honneur du parti politique, la Renaissance du Bénin, aura tranché dans le vif. Parlant du comportement amoral, voire immoral, du président du parti, comportement attentatoire au sens sacré des mots, le Président d’Honneur a déclaré que ‘‘on ne peut pas manger dans un plat dans lequel on a vomi’’. Et s’il a choisi de se confier à des journalistes de Rfi, c’est qu’il souhaitait que sa condamnation de l’inacceptable fût mondialement entendue. Il a donc été très clair et a su éviter le risque de la censure dont sont victimes nos émetteurs de banlieue écrasés de surcroît par des dictatures aux petits pieds. S’il est parfaitement écœurant de manger la soupe dans laquelle on a craché soi-même, l’on doit nécessairement jeter à la poubelle le plat dans lequel on a vomi. C’est très clair.
Là où la nuit se réinstalle pourtant et se fait profonde, c’est qu’après la condamnation sans appel possible du comportement déshonorant du président de la Renaissance du Bénin, le Président d’Honneur n’ait pas immédiatement remis sa démission sans la moindre possibilité de la reprendre, pour bien signifier qu’aucune vomissure ne saurait être ré-ingurgitée. Commet peut-il encore se dire ‘‘Président d’Honneur’’ ? De quel honneur s’agit-il ? Honneur de qui, de quoi ? De plus en plus de Béninois pensent que ‘‘Renaissance du Bénin’’ a toujours voulu dire ‘‘rémanence’’ d’un quatuor familial vieux de deux décennies. Après avoir dénaturé le mot ‘‘renaissance’’, va-t-on maintenant simplement saccager le mot ‘‘honneur’’ ?
Que dirait Aimé Césaire à la vue de cette perte de sens, d’honneur et de renaissance ? ‘‘Fumiers, tous des fumiers. Ce pays, quel tas de fumier ! Comment la narine de Jéhovah ne s’irrite-t-elle pas de tout ce purin qui, sous le soleil, fume ?’’ Oui, il y a pourriture en la demeure béninoise, et ce n’est as Césaire, mais Alphonse C Quenum qui l’écrivait, il y a deux mois, dans un article sobrement intitulé ‘‘Une régression préjudiciable’’. Voyant et sentant le purin fumer sous le soleil béninois en l’année 2011, l’abbé concluait : ‘‘Il vaut mieux prévenir que d’avoir du mal à guérir. Cela est un devoir pour tous. Ceux qui ont leurs intérêts rivés à leur ventre, y perdront autant que nous tous’’. L’on ajoutera que les seniors doivent conserver aux mots leur sens, sinon la génération des enfants et petits-enfants, sans boussole de par la faute des parents et grands-parents, reproduira au Bénin le scénario rwandais-ivoirien.

(Par Roger Gbégnonvi)

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