Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
Dans les années 1968, quand, dans le feu du débat tel qu’il les aimait, il annonçait à ses élèves de 1ère et de terminale au petit séminaire de Ouidah ‘‘Là déjà, j’entre en philosophie’’, les pauvres élèves sombraient dans le vertige, à cause de l’altitude. Protestation. Le maître faisait un effort, en vain. Il ne fallait pas lui demander de descendre, c’était attentatoire à l’intelligence. Nous le laissions donc planer. Dans notre cercle d’ailleurs courait la rumeur insistante qu’à l’issue de sa soutenance pour l’obtention du titre de docteur en théologie, son directeur de thèse, ébloui, s’était levé et lui avait dit : ‘‘Venez prendre ma place, vous êtes trop fort’’. Si l’inébranlable précision et l’inaltérable certitude des jeunes narrateurs, qui n’y étaient pas, apparentent le récit à la fable, c’est pour illustrer la vérité profonde de ce que des confidences avaient laissé échapper, savoir que le titulaire de la chaire de dogmatique de l’université de Ratisbonne en République Fédérale d’Allemagne, avait été séduit et conquis par la rigueur intellectuel du travail de son étudiant. Le professeur Josef Ratzinger, à la renommée internationale, avait probablement déjà vu des Nègres, peut-être même des Nègres intelligents. Mais brillants comme l’était Barthélemy Adoukonou ? Jamais !
Devenu Archevêque de Munich, le professeur-écrivain dut, à l’appel de Paul VI, abandonner sa charge de pasteur et rejoindre Rome pour y veiller, avec le Pape, à l’orthodoxie de la foi catholique. Il y rencontra un autre collaborateur direct du Saint-Père, l’ancien Archevêque de Cotonou. On imagine qu’en souvenir de son brillant étudiant de même origine, l’ancien Archevêque de Munich s’est empressé de lier amitié avec Mgr Bernardin Gantin, en se disant intérieurement que ‘‘ces Béninois sont surprenants d’intelligence’’. Ensemble avec trois autres prélats, ils ont reçu, le même jour, la pourpre cardinalice. Leur compagnonnage ne devait plus avoir de fin. Pendant de longues années, ils ont été les deux survivants de leur promotion, et les visiteurs de l’un d’eux au quartier JAK à Cotonou se rappellent encore le saint plaisir qu’il prenait à leur dire : ‘‘Nous ne sommes plus que deux. L’autre est Pape.’’
Toujours sous le charme, le Pape Benoît XVI, professeur Josef Ratzinger, a fait immédiatement appel à l’étudiant qui l’avait fasciné, pour qu’il l’assiste à Rome dans les choses de la culture. Il vient de l’élever à la dignité de l’épiscopat, certainement pour lui confier la direction d’un Dicastère, charge que l’on n’occupe pas longtemps sans être fait cardinal pour entrer de plain-pied dans la Curie romaine, le Gouvernement d’élites très resserré, qui veille avec le Souverain Pontife à la bonne marche au jour le jour de l’Eglise catholique romaine. Pour le rêve, et seulement pour lui, le probable futur cardinal Barthélemy Adoukonou, qui a72 ans, sera, jusqu à 80 ans, éligible à la succession de l’apôtre Pierre.
Quant au Saint-Père, il foulera bientôt le sol béninois, qu’il a rencontré en intelligence à Ratisbonne et qui l’a suivi en noblesse et sagesse jusqu’à Rome. Il rendra visite à sa terre. Il ira saluer son frère, qui repose à Ouidah, où il a établi pour l’éternité sa Rome et son Vatican. Est-ce là, en sa présence, que Benoît XVI remettra à Mgr Barthélemy Adoukonou le chapeau cardinalice, pour consacrer Prince de l’Eglise le Prince d’Abomey ? Splendeur de l’événement, s’il a lieu. Adorable vertige. Et Blaise Pascal nous renvoie à son Mémorial : ‘‘Père juste, le monde ne t’a point connu, mais je t’ai connu. Joie, Joie, Joie, Pleurs de joie.’’ De toute beauté et de toute bonté. De toute grâce, bien sûr. Et le séjour de Benoît XVI au Bénin, chez lui, sortira des cadres temporels de l’historicité pour entrer dans l’éternité. Et c’est déjà ainsi. Parce que Ouidah attend depuis toujours son Pape, et que ce jour sera gravé en lettres intemporelles dans les annales de la Cité de l’Ineffable Immaculée Conception.
Mais ce n’est pas Ouidah seul qui entonnera et chantera, c’est tout le Bénin qui chantera avec Isaïe le prophète, le cœur débordant de joie et de gratitude : ‘‘Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du porteur de bonnes nouvelles, qui annonce la paix, qui apporte le bonheur, qui annonce le salut, qui dit à Sion : ‘Ton Dieu règne’ !.’’ (52/7). Oui, ils sont beaux sur la terre du Bénin, les pieds de Benoît XVI le Béninois. Joie, Pleurs de joie.
(Par Roger Gbégnonvi)