Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.

Publicité

Aspect désastreux des ralliements juteux

roger_gbegnonvi_une2.jpgQuand les princes, qui se proclament bêtes féroces et terreur du gibier, raffolent soudain des viscères de nos moutons, pauvres animaux domestiques, il y a chute vertigineuse de la dignité et perte de repères dans la cité, c’est-à-dire dans la forêt devenue. Le raz de marrée qui pousse presque toute l’opposition dans les bras de la majorité présidentielle doit être interprétée comme un vent de panique : encore cinq ans à bouffer des vaches osseuses et c’est la mort assurée après les cinq ans de semi-désert que l’on vient de traverser, l’estomac haletant. Donc il faut y aller et y aller très vite. Celui qui tient la farine de maïs est le même qui garantit les deux repas importants de la journée. Nul ne fera mentir cette loi de la nature ni cette sagesse des nations. Trêve de dignité et d’éthique, il faut vivre, courrons à la soupe !
Ce constat n’a rien de trivial quand on se rappelle ce que l’opposition reprochait, naguère, à la mouvance présidentielle, pour laquelle elle a aujourd’hui les yeux de Chimène : elle lui reprochait de manger le pays avec une louche là où elle, l’opposition, ne l’avait mangé qu’avec une cuillère. Il n’y avait dans le reproche aucun regret ni rien de ce que les idéalistes continuent d’appeler patriotisme, il n’y avait qu’une sourde colère de n’avoir pas su que l’on pouvait, soi-même, bouffer de façon forcenée et enragée. Aujourd’hui, l’union pantagruélique des forces se réalise sous nos yeux avec une vélocité toute béninoise : toutes ensemble, l’opposition s’étant fait hara-kiri dans la cuisine abondante et fumante de la majorité présidentielle, elles boufferont le pays à la louche. Que laisseront-elles à la multitude ? Question idiote : après une telle ripaille, les bêtes féroces ne laissent rien, même pas les os.
Plus concrètement et d’un pragmatisme lumineux : le ralliement tous azimuts au camp présidentiel triomphant a pour conséquence voulue mais non avouée, de jeter une lourde, très lourde chape de plomb sur ce dont le Bénin a le plus besoin, savoir la fin de l’impunité. Les loups ne se mangent pas entre eux. Tous accroupis à dévorer nos moutons et leurs viscères, ils écraseront sous leurs pattes griffues les affaires. Il y a des décennies que l’on a cessé de dire le droit au Bénin, ce qui permet aux choses d’aller leur train de jungle, la raison du plus-offrant étant celle qui s’impose ‘‘par-delà le bien et le mal’’, comme dirait Nietzsche, le philosophe de la volonté de puissance. Ce n’est donc pas en ces temps de l’union pantagruélique des forces que les agneaux pourront prétendre à un quelconque droit. La seule justice qu’ils puissent espérer est qu’on les dévore eux-mêmes. ‘‘Le loup l’emporta et le mangea’’.
Cette fin, quoique féroce, est possible et réaliste parce que, à l’occasion des récentes campagnes électorales, nul présidentiable ne nous a dit quel était son projet de société, nul futur député ne nous a détaillé quelles étaient les lois dont il prendrait l’initiative pour contrôler l’action du gouvernement et faire prospérer le droit. Tous, par contre, nous ont fait des promesses genre ‘‘autant en emporte le vent’’, tous ont tiré pour nous des plans sur la comète. Pourquoi se sont-ils autant dépoitraillés et ont dépensé autant d’argent pendant trois semaines puis deux semaines ? Très réalistement, pour se retrouver tout près de la marmite et même pour être les détenteurs de la farine de maïs afin de s’adjuger des parts de lion, panthère et requin, ce qui s’appelle chez nous manger la viande et croquer ensuite les os. Bonheur !
Un petit exemple pour illustrer le côté inquiétant des animaux malades de la peste d’apatridie et d’impéritie : ils sont environ quatre-vingt mille jeunes gens et jeunes filles, rien que sur le campus d’Abomey-Calavi, à essayer de conquérir des diplômes qui ne leur serviront à rien sur un marché de l’emploi inexistant. Qui s’en préoccupe avec eux et pour eux ? Personne ! D’ailleurs, à coups répétés d’apatridie et d’impéritie, l’on aura vidé ce haut lieu de sa raison d’être puisque, au dire des étudiants et étudiantes, ce qui fait réussir dans les amphis et salles d’examen, ce n’est pas la science, mais ‘‘l’argent, le sexe et le gris-gris’’. Un jour ces trois piliers inattendus s’effondreront eux aussi, et l’on s’apercevra alors, peut-être, de l’aspect désastreux des ralliements juteux. Dans la forêt devenue, Mohamed Bouazizi s’immola par le feu, et la cité bascula dans la révolte. En Tunisie. Pas chez nous. Bonheur !

(Par Roger Gbégnonvi)

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article