Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
M. Abdelkarim Zebidi, a été nommé ministre de la défense le 28 janvier 2011 sous le 2ème gouvernement Ghannouchi. Exalté quand il parle des soldats, ce professeur de médecine, qui avait déjà occupé des postes ministériels dans le domaine de la Santé et de la Recherche sans jamais avoir appartenu au RCD, a accepté ce Ministère avec beaucoup d’ambition et d’espoir alors que l’armée jouit d’un énorme capital sympathie auprès de la population qui la redécouvre après l’avoir longtemps associée à un service militaire obligé. Il a la carrure d’un homme d’état rompu à la communication et compte aujourd’hui exploiter les compétences militaires dans des domaines inattendus qui donneront selon lui de l’impulsion à l’infrastructure et à l’économie. Rencontré le 21 avril 2011 dans son ministère, nous lui avons soumis toutes les interrogations qui circulent en ce moment et il s’est prêté à l’exercice sans crispations.
Afrik.com : Il y aurait eu des affrontements aux frontières tuniso-libyennes. Pouvez nous dire exactement ce qui s’est passé ?
Abdelkarim Zebidi : Il y a eu des combats pas loin des frontières tunisiennes et nous avons eu quelques Libyens qui sont venus se réfugier du coté tunisien. Des roquettes sont également tombées à quelques centaines de mètres du territoire tunisien.
Afrik.com : Y a t-il eu des morts ?
Abdelkarim Zebidi : Non, il n’y a eu aucun dégât, ni humain ni matériel. Les roquettes sont tombée à peu près à 300 mètres des postes frontaliers. Ce n’était pas une attaque dirigée contre le sol tunisien mais des soldats libyens qui se poursuivaient à coté de nos frontières.
Afrik.com : Estimez-vous que le conflit libyen représente un danger pour la Tunisie aujourd’hui ?
Abdelkarim Zebidi : Cela ne représente pas un danger mais c’est un problème supplémentaire qui vient se greffer à ceux qu’affrontent déjà la Tunisie. Nous avons un problème de sécurité interne et nos soldats travaillent pour le maintien de l’ordre aux cotés de la police et de la gendarmerie. Ils doivent en plus gérer la situation aux frontières et les nombreux réfugiés, plus de 250 000 dont 90 000 sont des libyens. Il s’agissait au départ d’une zone de transit, mais on s’est rendu compte assez vite que de plus en plus de gens restaient sur place, soit parce qu’ils ne pouvaient pas être rapatriés dans leurs pays, soit parce qu’ils n’ont pas de gouvernement ou sont eux mêmes en guerre, comme les somaliens et érythréens. Je voulais à cette occasion saluer tous les acteurs présent sur place comme les organismes internationaux, les nombreux pays frères et amis qui ont aidé avec leurs contributions comme le Maroc, le Qatar, les Emirats Arabes Unis, hommage également aux citoyens tunisiens qui se sont mobilisés et donné le peu qu’ils avaient allant jusqu’à héberger des familles entières. Ce qui se passe en Libye nous préoccupe, car c’est un problème supplémentaire à gérer, il y aussi la question de l’immigration clandestine à partir des cotes tunisiennes que avons pratiquement maitrisé.
Afrik.Com : Est ce que vos effectifs sont suffisants pour toutes les actions que vous citez ?
Abdelkarim Zebidi : Si l’armée continue à remplir son rôle depuis au moins 3 mois, cela veut dire que c’est suffisant. Mais nous aurions eu plus de monde, la tache aurait été en effet plus facile.
Afrik.com : Vous avez réintégré des retraités dans l’armée ?
Abdelkarim Zebidi : Oui des retraités des dernières classes des dernières années, mais ce n’était pas du tout dans le cadre d’un appui pour les effectifs en place sur le terrain, mais surtout pour remplacer les élèves officiers.
Afrik.com : Votre ministère vient de publier un communiqué précisant qu’il n’y a pas eu de tirs de l’armée avant le 14 janvier 2011, pourquoi ce communiqué aujourd’hui ?
Abdelkarim Zebidi : L’armée tunisienne a contribué au maintien de l’ordre aux cotés de la gendarmerie et la police et elle n’a jamais été appelée à utiliser les armes avant le 14 janvier. Elle a été impliquée après cette date et progressivement puisqu’elle a été amenée à gérer seule le pays pendant quelques jours, puis elle a collaboré avec les forces de l’ordre pour maintenir la paix et, en particulier, elle a utilisé ses armes uniquement quand il s’agissait d’infraction au couvre feu et selon des procédures très strictes.
Afrik.com : A quoi réagissez vous en publiant ce communique aujourd’hui ? _ Abdelkarim Zebidi : C’est en réaction au communiqué de la commission nationale qui a été chargée de statuer sur les actes commis durant la révolution, et qui malheureusement ont été a l’origine du décès de plusieurs dizaines de tunisiens. Le président de la commission a mentionné au cours de son allocution qu’il y aurait eu quelques bavures commises par l’armée tunisienne au cours de la révolution.
Afrik.com : Vous a-t-on spécifié la nature de ces bavures ?
Abdelkarim Zebidi : Non c’était une déclaration générale mentionnant les parties qui auraient été impliquées dans ces délits, sans plus de précisions.
Afrik.com : Cette commission vous a –t-elle transmis des dossiers dans ce sens ?
Abdelkarim Zebidi : Non, c’était juste un communiqué transmis aux médias sur une chaine de télévision. Par conséquent nous avons réagi en assurant que l’armée tunisienne n’a tiré aucune balle sur les manifestants. Donc, je le répète, l’armée n’a jamais été impliquée dans les tirs contre les manifestants. A partir du 15 janvier nous étions chargés de maintenir le respect du couvre feu et s’il y a eu des balles tirées c’était uniquement contre ceux qui refusaient de ce soumettre aux ordres durant le couvre feu.
Afrik.com : Après le 14 janvier 2011, des bavures, des incidents, des imprudences ont été commis par des soldats ?
Abdelkarim Zebidi : On ne peut clairement pas parler de bavures. Si l’armée a intervenu c’était dans le cadre des missions qui lui ont été confiées. Mais si durant le couvre feu un véhicule ne se soumet pas à l’ordre de s’arrêter et fonce sur les voitures de l’armée, de la police ou sur les militaires, ceux ci sont amenés à réagir après plusieurs sommations.
Afrik.com : Avez vous été saisi de dossiers de personnes qui se plaignent de comportements ou d’incidents avec l’armée ?
Abdelkarim Zebidi : Il y a eu quelques dossiers et toute la lumière sera faite sur les circonstances exactes des faits avancés par ces gens, et de toute façon tous les dossiers ont été transmis a la justice militaire.
Afrik.com : Il y a donc des enquêtes en cours aujourd’hui ?
Abdelkarim Zebidi : Oui.
Afrik.com : Concernant la collaboration de l’armée avec la police ainsi que la gendarmerie, il y a une certaine concurrence qui se fait ressentir, notamment de la part de la police qui ne jouit pas de la même popularité que l’armée et qui a été désignée dans les événements de violence. Est ce que cela influe sur les patrouilles ?
Abdelkarim Zebidi : Non je ne crois pas qu’il y ait concurrence ou jalousie parmi ces entités. Au contraire, elles collaborent dans le cadre de patrouilles mixtes qui fonctionnent bien. Le maintien de l’ordre et le retour à une situation sécuritaire saine est la priorité de tous. Ce qui est certain, du moins pour l’armée, c’est qu’elle rejoindra ses casernes dès que la sécurité et la tranquillité des citoyens sera rétablie. Les patrouilles mixtes, très performantes, continuent tous les soirs à attraper des individus et des bandes qui tentent de sévir. Et ce, sans aucun incident entre les 3 corps police-gendarmerie-armée, dans une entente complémentaire. La sécurité se consolide de plus en plus et l’armée se retire petit à petit. Là ou il y a avait de gros engins, il y en a maintenant de plus petits et là ou il y avait des petits engins, il n’y en a plus du tout. Les militaires sont de moins en moins visibles dans la rue, par contre, le soir, on intensifie la lutte contre les bandes organisées.
Afrik.com : Mais l’armée a arrêté des policiers impliqués ? Cela a été relayé par les médias et les réseaux sociaux.
Abdelkarim Zebidi : Vous savez le, « infilet » ( inconstance) , n’était pas que sécuritaire, c’était aussi social, économique et médiatique, par conséquent tout a échappé au fonctionnement normal. Ce qui brouille un peu les pistes.
Afrik.com : Leur syndicat parle d’ « incidents » parfois mortels advenus après le 14 janvier durant le couvre feu, entre soldats et forces de l’ordre. Il ya aussi des allégations de brutalités durant certaines gardes à vue.
Abdelkarim Zebidi : Je ne peux pas y croire un seul instant, cela ne fait pas partie ni de la structure mentale ni des traditions de l’armée et il est hors de question que l’on puisse attribuer ce genre d’insinuations, depuis l’indépendance je n’ai jamais entendu pareilles choses.
Afrik.com : Jusque-là vous n’avez pas été saisi de dossier de ce genre ?
Abdelkarim Zebidi : Jamais
Afrik.com : Et si c’était le cas ?
Abdelkarim Zebidi : Si des dossiers existent, ils seront instruits par la justice militaire avec la plus grande attention, la justice civile peut être saisie aussi. Je vous appelle à la plus haute vigilance, il y a beaucoup d’intox et de désinformation. L’armée tunisienne est comme toutes les armées du monde, C’est un corps qui agit mais qui ne s’exprime pas, ou alors pour les mises au point. L’armée a pris en main la sécurité lorsque le Tunisie en avait le plus besoin, puis a continué avec la police et la gendarmerie avec lesquelles elle collabore, je dis bien collabore, car il n’y a pas de concurrence. Maintenant, en effet, le couvre feu a été instauré pour des raisons précises, et les soldats ont veillé à son respect. Les personnes prévenues et bien intentionnés n’avaient rien à faire dans la rue, c’est le principe du couvre feu. Pour le maintien de l’ordre dans les conditions que vous savez, il fallait être exigeant et respecter les consignes. Pendant la période de couvre feu, il y a eu énormément de mains occultes qui ont sévi et on ne pouvait se permettre aucun relâchement d’attention.
Afrik.com : Cette collaboration, si elle ne génère pas de la concurrence, pose cependant beaucoup de questions. Par exemple, le général Rachid Ammar aurait élu domicile au sein du ministère de l’intérieur. Ce ministère est si difficile à maitriser ?
Abdelkarim Zebidi : Il n’a pas élu domicile à ce ministère voyons ! Mais il a été chargé d’une mission de coordination entre le ministère de l’intérieur et celui de la défense.
Afrik.com : Sa proximité avec la police, la nomination de hauts gradés au ministère de l’intérieur et aux gouvernorats, en plus de sa très grande popularité, autant d’éléments qui ne permettent pas de le situer clairement sur l’échiquier...
Abdelkarim Zebidi : La Tunisie, lui doit bien cette popularité, et l’histoire démontrera que le général Ammar a joué un rôle déterminant pour éviter beaucoup de problèmes en Tunisie a l’instar de ce qu’on voit dans d’autres pays. Mais j’en arrive à déduire que vous vous demandez en fait si l’armée a été tentée de vouloir prendre le pouvoir.
Afrik.com : Effectivement.
Abdelkarim Zebidi : Je peux vous répondre d’une façon formelle et certaine que l’armée avait tous les arguments pour prendre le pouvoir, mais qu’elle ne l’a pas fait car l’armée tunisienne est une armée républicaine qui a toujours été garante du principe républicain.
Afrik.com : Sur le refus du général Ammar d’obéir à l’ordre de tirer, pouvez vous nous apporter plus de précisions sur la façon dont cela s’est déroulé ?
Abdelkarim Zebidi : D’après ce que j’ai compris, le général Ammar n’a pas voulu que l’armée soit impliquée dans la répression des manifestants. Nos soldats n’ont pas tiré une seule balle en direction des manifestants ou même de la population et sa décision a été déterminante pour la suite des événements. Par conséquent, le général Ammar s’est comporté comme un citoyen responsable, pour lui il était hors de question de réprimer les jeunes manifestants.
Maryam Mnaouar
Source: http://www.afrik.com