Le Mouvement d’Intérêts Politiques d’Actions pour l’Afrique (MIPAA) aspire à un mieux être social et pour un développement harmonieux du peuple africain à travers une paix durable. Parole de F.R.
| A quelques semaines des élections couplées (municipales et régionales) fixées au 24 février 2013, le spectre de l’abstention ressurgit dans l’esprit des populations ivoiriennes et pour cause.
Les élections législatives du 11 décembre 2011 en Côte d’Ivoire avaient en effet été un véritable fiasco pour le régime d’Alassane Ouattara comme tout le monde s’y attendait.Le taux d’abstention enregistré avait largement battu tous les records, dépassant les 80%, selon le bilan fourni par de nombreux observateurs et analystes qui avaient attentivement suivi l’ensemble du processus.
Aujourd’hui, le doute s’empare donc encore une fois du regime d’Abidjan quant aux nouvelles surprises qui pourraient l’attendre.Aussi curieux que cela puisse paraître, avec l’absence du Front Populaire Ivoirien- FPI (et en grande partie à cause de cette absence), l’abstention s’est en effet positionnée désormais comme le principal et véritable adversaire des partis politiques regroupés au sein du RHDP.
L’abstention est avant tout une arme redoutable,surtout dans les pays comme la Cote d’ivoire où le vote n’est pas obligatoire.En général, la plupart des candidats ne se préoccupent de ce fléau aux conséquences imprévisibles que quand les résultats ne sont pas à la hauteur de leurs espérances.Ainsi le RDR, malgré ses 127 sièges sur les 254 à pourvoir à l’Assemblée nationale, ne s’était pas montré très enthousiaste à l’annonce des résultats.Idem pour le PDCI qui, avec une moisson de 77 sièges dans l’hémicycle, s’était longuement plaint d’avoir été floué et privé de plusieurs sièges.Les deux alliés du RHDP, au-délà de certaines déclarations, étaient cependant conscients qu’avec la participation du FPI au scrutin et sans la grande abstention, leurs différents scores auraient été bien plus modestes.
Les abstentionnistes ont ainsi toujours été les vrais maîtres du jeu électoral, les vrais arbitres dans les duels électoraux. Politiquement considérée comme une apathie par les Experts, l’abstention a ceci de particulier qu’elle rend le citoyen indifférent à tout processus électoral, le prive de son pouvoir de libre décision et de libre choix.
Contrairement aux justifications anciennes qui ont été avancées au temps de la lutte pour le suffrage universel et de la première vague de déceptions qu’il engendra, l’abstention n’est pas due à un manque d’habitude.L’on apprend à voter en votant et à des niveaux divers, les Ivoiriens ont appris à voter depuis les indépendances.L’analphabétisme n’est pas non plus la cause de l’abstention car on peut savoir lire et écrire mais rester analphabète sur le plan politique.Le niveau de vie en serait-t-il alors la cause? Non, la participation aux élections ne s’accoît pas avec la richesse et on constate que l’abstention est souvent et comparativement plus forte dans les pays riches que dans les pays pauvres, dans les partis bourgeois que dans les partis ouvriers.L’élévation du niveau de vie en Occident n’a pas transformé en votants ni même en militants politiques actifs des agents apathiques. Le langage politique est-il donc trop savant, sophistiqué et inaccessible pour la majorité des citoyens? Non, le vocabulaire politique est d’un usage assez étendu et la plupart des mots utilisés ont été souvent inventés par le peuple lui-même.Les leaders les plus charismatiques sont d’ailleurs ceux qui utilisent le langage déjà adopté par le peuple.Un problème de manque d’informations? Non, car les informations abondent, circulent et parviennent à toutes les couches sociales: Un ouvrier, quand il vote aujourd’hui en Côte d’Ivoire, comprend les problèmes à peu près autant que son patron, et un élève ou un étudiant, parfois autant que son professeur. Disons-le tout de suite: Le véritable responsable du manque d’intérêt des populations ivoiriennes pour les élections et par ricochet de la faiblesse de la participation populaire au vote n’est autre qu’Alassane Ouattara lui-même.En effet les populations, dans leur grande majorité, ne votent que pour des problèmes qui correspondent à leurs préoccupations quotidiennes.Elles ne s’impliquent ainsi dans les processus électoraux que lorsque les idées exprimées réflètent directement ou indirectement leurs préoccupations réelles, personnelles ou collectives.Les préoccupations des Ivoiriens sont connues: La fin définitive des violences et la restauration de la sécurité pour tous et pour chacun, la libération de Laurent Gbagbo et de tous les détenus politiques, le retour sécurisé des exilés, la restitution des biens,la mise en oeuvre d’une réconciliation inclusive et sincère, la maîtrise des prix qui flambent sur les marchés, la réintégration des travailleurs injustement licenciés, la fin du bradage économique, une repartition juste et équitable des richesses de l’État, etc. Comme on le voit, il ne s’agit nullement ici d’organiser des élections truquées pour s’en servir comme un autre moyen de rattrapage ethnique (103 sur 127 élus du RDR, soit 81%, sont des ressortissants du Nord).Il ne s’agit pas non plus de tenter vainement et de manière éhontée de légitimer une imposture (l’objectif du RDR était en réalité de faire croire qu’Alassane Ouattara a une légitimité populaire, alors qu’il a été installé dans le sang après avoir perdu les élections présidentielles de 2010). En continuant de faire la sourde oreille aux cris de douleur d’un peuple matraqué et traumatisé par de longues années de guerre et de tensions multiformes, Alassane Ouattara continuera de ramer à contre courant de l’histoire et de rester en déphasage permanent avec la réalité ivoirienne. Guy Patrick Vermont Doba Madrid
|